Maayan Licht n’est pas un sopraniste comme les autres. Sa trajectoire, faite de ruptures et de résilience, en fait un artiste à part. Laissant derrière lui l’étiquette de « protégé », il s’engage désormais sur la voie d’une carrière internationale qu’il veut maîtriser de A à Z. Fort d’une technique irréprochable, d’une sensibilité à fleur de peau et d’une intelligence du monde numérique (1,5 millions de followers !), il s’apprête à conquérir les plus grandes scènes, après celle du mythique Festival de Bayreuth Baroque. « Pour moi, la vulnérabilité est la clé de chaque pièce. Quand je suis en colère, je suis vraiment en colère. Quand je suis triste, je pleure », dit-il. Et si son nom, Licht (lumière, en allemand), n’était pas un hasard ?
Il est 18h00 et la voix de Maayan Licht résonne, claire, naturellement chantante, souvent apaisante. Après avoir brillamment remplacé au pied levé la soprano Julia Lezhneva avec le Kammerorchester Basel, et avant de s’envoler pour Bayreuth, le sopraniste s’offre une pause dans un calendrier de plus en plus chargé afin de revenir sur un parcours qui, en moins de dix ans, l’a propulsé du Conservatoire d’Amsterdam aux plus grandes scènes d’Europe.
Identité et voyage d’Israël vers l’Europe
Lorsque l’on regarde l’essor actuel des sopranistes et contre-ténors – Franco Fagioli, Bruno de Sá, Max Emanuel Cenčić, Dennis Orellana, Maximilan Danta –, beaucoup viennent d’Amérique du Sud. Vous qui êtes Israélien, vous êtes-vous déjà senti comme un outsider dans ce paysage très latino ?
Maayan Licht : (rire) Vous savez, avant de penser à eux, je pense à moi. Non, je plaisante. Mais c’est amusant que vous posiez la question parce que, pour la petite histoire, ma mère est née en Uruguay. J’ai donc un peu de sang latino en moi. Mon grand-père, après la Seconde Guerre mondiale, a fui vers Montevideo afin de rejoindre l’importante communauté juive là-bas. Ma mère y est née et, à 18 ans, elle est partie en Israël pour faire son Aliyah. Du coup, je suis un véritable melting-pot : ma mère est uruguayenne, mon père polonais, et j’ai même des racines turques. Alors oui, j’ai grandi en Israël, mais je viens en fait de partout. Si je faisais un test ADN, ce serait très intéressant.
Le baroque en Israël n’est pas encore devenu un réflexe culturel. Qu’est-ce qu’un jeune garçon de Tel Aviv comprenait de Haendel, Porpora ou Hasse avant de rencontrer votre professeur, Vita Gurevich, elle qui vous a dit d’arrêter la pop et de vous concentrer sur l’opéra ? Qu’a-t-elle entendu dans votre voix que vous ne reconnaissiez pas encore ?
M. L. : C’est vrai, le baroque n’est pas dans l’ADN culturel israélien. Moi, j’étais le chanteur du village, celui qui chantait lors des cérémonies. Je chantais tout, de la pop à la chanson hébraïque, avec une voix plutôt légère. Quand je suis arrivé chez Vita, elle a tout de suite entendu quelque chose de différent. Elle m’a dit : « Tu as un instrument pour l’opéra, pour le baroque. » Pour moi, c’était un choc. Je ne connaissais pas du tout ce répertoire. Mais elle a eu cette intuition. Elle a entendu cette couleur, cette capacité à projeter, ce timbre particulier que je n’avais pas encore exploré. C’est elle qui m’a mis sur la voie, qui m’a dit : « Tu as un potentiel, mais il faut le travailler, et pas avec n’importe quelle méthode. » J’étais un peu perdu, mais je lui ai fait confiance.
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