Jeunes Talents

Gabriel Rignol : décloisonner voix et instruments

→À 25 ans, le luthiste Gabriel Rignol fait de La Nébuleuse un véritable laboratoire collectif, où chanteurs et instrumentistes travaillent main dans la main, de la recherche sur les sources à la construction de programmes originaux, notamment autour de Virgilio Mazzocchi (1597-1646). Le 18 octobre, il sera à Gosnay avec « Sur les traces du théorbe ».

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Gabriel Rignol : décloisonner voix et instruments
Luthiste et théorbiste, Gabriel Rignol défend avec La Nébuleuse une conception décloisonnée du musicien, où voix et instruments, individualités et collectif participent d’un même geste artistique. © Gabriel Rignol / Instagram

À 25 ans, Gabriel Rignol fête déjà les cinq ans de La Nébuleuse, ensemble baroque fondé en 2021 alors qu’il étudiait le luth et le théorbe au CNSM de Lyon. Né autour d’une douzaine de jeunes musiciens et d’un premier travail sur le Combat de Tancrède et Clorinde de Monteverdi, le collectif s’est depuis constitué un répertoire d’une dizaine de programmes, de Mazzocchi à Charpentier, Carissimi ou Lorenzani. Après la création en 2023 de Dido Furens de Domenico Mazzocchi, l’ensemble a enregistré en 2025 un premier disque consacré aux motets de Marc-Antoine Charpentier pour le label Musica Ficta. Au cœur du projet : décloisonner le travail entre chanteurs et instrumentistes et faire de la recherche sur les sources une matière collective. Rencontre avec un jeune directeur artistique qui entend faire grandir La Nébuleuse sans perdre ce qui l’a fondée : le plaisir de chercher et de « faire ensemble ».

En 2021, au Conservatoire national de Lyon, alors qu’il travaille le répertoire baroque italien avec son professeur de luth et théorbe, Gabriel Rignol fait la découverte du Combat de Tancrède et Clorinde de Claudio Monteverdi. Il a alors 20 ans et s’émerveille déjà de « ce petit bijou de narration : on passe par tous les sentiments en une vingtaine de minutes ». La force du récit le frappe : « la force des émotions que ça procurait, l’intelligence de la mise en musique par Monteverdi du texte du Tasse, c’était quelque chose de très fort. » Gabriel imagine alors « d’autres choses à explorer que ce qui avait été proposé jusqu’à présent : quelque chose de plus direct, plus respectueux des sources primaires, plus proche de ce que Monteverdi avait écrit, qui est en fait extrêmement précis ».

Le jeune étudiant rassemble autour de lui une douzaine d’étudiants de Lyon et d’ailleurs, motivés par l’envie d’explorer cette œuvre et aussi de penser différemment la dynamique de l’ensemble. Gabriel raconte : « Dans mes premières productions professionnelles, j’ai été assez choqué de la segmentation qui existe entre les instrumentistes et les chanteurs, comme si nous exercions des métiers différents, avec une compréhension différente sur le plan musical, un vocabulaire différent, alors que nous sommes tous musiciens. Par exemple, il m’est arrivé sur une production d’opéra de ne pas discuter avec les chanteurs de toute la semaine, tant nous restions entre instrumentistes, et eux, entre chanteurs. Certes, nous sommes des accompagnateurs, mais sans le continuo, les chanteurs ne peuvent pas faire grand-chose ! »

À partir de ce constat, il imagine en 2021 un ensemble « comme un grand tout » : La Nébuleuse est née. Gabriel Rignol se souvient : « Quand le nom est arrivé sur la table de discussion, il nous a tous parlé pour des raisons différentes : la puissance de l’explosion, la mort d’une étoile, un nuage qui peut prendre n’importe quelle forme. »

À son origine, La Nébuleuse n’est pas un projet scolaire, mais l’ensemble a la chance de bénéficier d’un important soutien du Conservatoire de Lyon et des conseils de nombreux professeurs. Gabriel prend à cœur son rôle de directeur artistique et élabore une grande partie des programmes : « Je crée l’impulsion, les grandes lignes, la thématique. Mais il est très important pour moi que chacun ait sa part de liberté. J’essaie notamment de faire en sorte que chacun des chanteurs ait un solo dans chaque programme, et que les instrumentistes puissent proposer leurs envies de pièces. Je crée le squelette et, ensemble, on crée la chair et les tissus. »

Angel

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