Céline Scheen : soprano baroque et prof de Zumba

→Elle a chanté avec quelques-uns de ceux qui ont écrit l’histoire récente de la musique ancienne – Philippe Herreweghe, Reinhard Goebel, René Jacobs, Christophe Rousset – et appris le baroque directement à leurs côtés, loin des cursus spécialisés. Céline Scheen n’a de fait jamais cherché à construire une « carrière » au sens classique du terme : elle préfère parler de rencontres, d’instinct, d’affinités humaines et revendique un rapport très libre à l’opéra et à son métier. Toujours très présente sur scène, tout en enseignant désormais au Conservatoire royal de Liège, la soprano belge se raconte avec franchise et dévoile aussi une inattendue seconde vie, devenue essentielle à son équilibre…

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Céline Scheen : soprano baroque et prof de Zumba
Soprano belge, Céline Scheen s’est imposée depuis près de trente ans comme l’une des voix familières de la scène baroque européenne. © DE

Depuis près de trente ans, la soprano belge Céline Scheen trace dans le paysage de la musique ancienne en Europe un chemin qui ne ressemble qu’à elle. Rien ne la prédestinait pourtant au baroque lorsqu’une audition pour le film Le Roi danse et sa rencontre avec Reinhard Goebel lui font découvrir, presque simultanément, le clavecin, les instruments anciens et un nouvel univers sonore. Christophe Rousset, Philippe Herreweghe, René Jacobs, Philippe Pierlot, Leonardo García-Alarcón ou, plus tard, Christina Pluhar jalonnent ensuite ce parcours. À l’heure où elle transmet à son tour son expérience au Conservatoire royal de Liège, la soprano porte un regard très libre sur son métier, le passage du temps et son rapport à l’opéra. Elle raconte aussi comment la Zumba a transformé son rapport au corps, au rythme et jusqu’à sa manière de chanter. Sans nostalgie, elle continue surtout de cultiver ce qui l’anime depuis ses débuts : la curiosité, la liberté et le plaisir de faire de la musique avec ceux qu’elle aime.

À vos débuts, vous avez commencé à travailler avec Philippe Herreweghe, Reinhard Goebel, René Jacobs, Christophe Rousset… Qu’est-ce que vous ont apporté de tels maîtres ?

Céline Scheen : Ils m’ont éduquée, quelque part. J’ai eu énormément de chance parce que je venais d’un cursus où je n’avais pas étudié la musique ancienne. J’avais étudié en Belgique, puis à Londres, mais toujours sans vraiment aborder ce répertoire. Tout a commencé avec une audition pour la musique du film Le Roi danse de Gérard Corbiau. C’est là que j’ai rencontré Reinhard Goebel. Et, lors de cette audition, j’ai chanté pour la première fois avec un clavecin ! J’étais toute jeune et je suis tombée éperdument amoureuse de cette musique, de ces instruments. J’avais l’impression d’y trouver une sorte de vérité. Le son des cordes, les couleurs instrumentales : tout cela m’a bouleversée. À l’époque, je chantais encore Frasquita dans Carmen ! Je n’étais donc pas du tout spécialisée dans le baroque. Puis tout est allé très vite : Reinhard Goebel, Christophe Rousset, Philippe Herreweghe… J’ai également rencontré Leonardo García-Alarcón, qui a le même âge que moi et qui, à l’époque, déterrait déjà des partitions. Il n’était pas encore le musicien connu qu’il est devenu, mais il était déjà un musicien génial. Finalement, j’ai appris les différents styles directement auprès de ceux qui ont écrit – et continuent d’écrire – l’histoire du renouveau de la musique ancienne. J’ai eu une chance incroyable.

Vous n’avez donc pas véritablement « appris » le baroque au conservatoire ?

C. S. : Non, et c’est peut-être justement ce qui m’a aidée. Dans le milieu lyrique, certains me disaient : « Tu veux faire de la musique ancienne ? Mais cela ne s’improvise pas ! » Or cette musique correspondait exactement à ma sensibilité. Je pouvais m’y ouvrir très facilement, simplement en écoutant les autres. J’absorbais tout parce que cela me touchait profondément. Je n’ai pas appris avec un manuel ni en passant des examens : j’étais sur scène avec ces musiciens, j’écoutais les instruments, les phrasés, les couleurs. J’ai beaucoup travaillé également avec le violiste et chef Philippe Pierlot, et nous continuons aujourd’hui : cela fait presque trente ans que nous « bataillons » ensemble ! C’est aussi pour cela que j’aime tellement enseigner aujourd’hui. J’enseigne au Conservatoire royal de Liège depuis six ans. J’essaie à mon tour de « faire goûter » les choses aux étudiants, parce que c’est ainsi que j’ai moi-même appris.

Parmi ces premières années, quels souvenirs ont été particulièrement déterminants ?

C. S. : Christophe Rousset, certainement. Il m’a engagée presque sans m’avoir entendue, simplement parce qu’il savait que j’avais participé au Roi danse. Très vite, j’ai chanté de la musique de chambre avec lui, en tout petit effectif, notamment les Leçons de ténèbres de Couperin. Cela a été extraordinaire pour moi. Il m’a surtout donné confiance. Il m’a très vite fait comprendre que mon instinct parlait et qu’il parlait plutôt bien. Cela m’a énormément construite. Et puis Reinhard Goebel… C’était un monstre, dans tous les sens du terme ! Mais j’aimais beaucoup travailler avec lui. La musique allemande appartient aussi un peu à mon berceau : mon père dirigeait une chorale, j’ai grandi près de la frontière allemande et nous chantions beaucoup de Bach. Être engagée très jeune pour chanter cette musique en Allemagne, dans son contexte, était extraordinaire. Ce que j’ai également appris de ces personnalités, c’est leur liberté. Goebel pouvait être extrêmement sauvage. Voir cette liberté psychologique et artistique m’a profondément marquée. Quand on est jeune, on croit qu’il existe énormément de codes. Eux les faisaient voler en éclats. Ils m’ont en quelque sorte donné la permission d’être libre à mon tour.

Angel

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