Ils revendiquent des « Nouvelles musiques du Moyen Âge », cultivent le goût des passerelles et refusent de considérer le répertoire médiéval comme un objet de musée. Formé au Conservatoire national supérieur de musique de Lyon, le quatuor français ApotropaïK réunit Clémence Niclas (voix et flûtes à bec), Louise Bouedo-Mallet (vièle à archet) et Clément Stagnol (luth médiéval). Soutenus par le programme Eeemerging+ puis accueillis en résidence à la Fondation Royaumont, ils ont présenté en 2025 leur programme « Bella donna » au festival Laus Polyphoniae d’Anvers, avant la sortie de leur premier disque pour le label La Belle Abbesse. Rencontre avec trois des quatre musiciens qui conjuguent exigence historique et désir de parler au public d’aujourd’hui.
Si vous deviez définir ApotropaïK en quelques mots ?
Louise Bouedo-Mallet : Je dirais un oiseau très coloré qui transporte des choses dans son bec pour aller les semer ailleurs. À chacun d’en faire quelque chose !
Clémence Niclas : T’es sur le bestiaire, là ! Je pense que tu es complètement happée par notre nouvelle création… Pour résumer ApotropaïK, on cherche à être au plus près de la véracité historique. Dans ce qu’on sait de la véracité historique. On est un ensemble qui veut faire de la musique médiévale pour de vrai, mais qui s’autorise à jouer avec cette limite-là pour avoir le plus d’expressivité possible, d’émotion et d’accessibilité à un public aujourd’hui.
Clément Stagnol : On fait attention à ne pas penser la musique médiévale comme quelque chose de dogmatique. Nous, c’est notre approche pour la rendre vivante, pas que de l’archéologie. Dans le sens où, finalement, on réinvestit les zones d’ombre et c’est ça qui nous intéresse parce que c’est ça qui permet de laisser s’exprimer une créativité.
D’où venez-vous ?
Clément : Nous sommes un ensemble français, créé il y a une dizaine d’années. Nous avons commencé à travailler ensemble pendant nos études au Conservatoire national supérieur de musique de Lyon. C’est une école spécialisée dans la musique ancienne, mais qui avait aussi cette particularité d’être ouverte aux répertoires les plus anciens, jusqu’au Moyen Âge et à la Renaissance, ce qui n’est pas le cas partout en Europe.
Louise : Nous avons passé plusieurs années ensemble au conservatoire. Cela nous a permis de découvrir les répertoires médiévaux, d’expérimenter les instruments, mais aussi de nous découvrir humainement. Nous avons appris ensemble, en même temps que nous découvrions cette musique. C’est ce qui nous lie encore aujourd’hui.
Comment est né le nom ApotropaïK ?
Louise : Il n’est pas arrivé immédiatement. Nous avons testé plusieurs idées, fait des séances de brainstorming…
Clémence : Dans mon souvenir, c’était pourtant assez évident ! Nous étions surtout dans l’urgence : le Musée de Cluny nous avait programmés pour un premier concert et il fallait un nom rapidement. Louise a proposé « apotropaïque », ce terme d’histoire de l’art qui désigne ce qui éloigne le mal. Au début, je trouvais le mot un peu compliqué, pas très beau même… Mais sa signification nous a immédiatement parlé.
Louise : Nous avons remplacé le « que » final par un K, à la fois pour rappeler l’origine grecque du mot et pour lui donner une énergie graphique différente. Et puis c’est un nom qui suscite la curiosité, ce qui correspond bien à notre rapport à ce répertoire.

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