Semaines de musique ancienne d’Innsbruck

« Il pomo d’oro » de Cesti : le pari fou d’un opéra jamais rejoué depuis 1668

→Dix heures de musique en deux soirées, un théâtre construit spécialement pour l’occasion et plus de quarante personnages : « Il pomo d’oro » d’Antonio Cesti avait tout d’un pari scénique insensé ! Créé en 1668 à la cour impériale de Vienne et jamais redonné depuis, ce monument à la gloire des Habsbourg renaît cet été à Innsbruck avec l’Accademia Bizantina, sous la direction d’Ottavio Dantone, pour les 50 ans des Innsbrucker Festwochen der Alten Musik. L’œuvre sera donnée les 7+8, 11+12, 15+16 août au Tiroler Landestheater.

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« Il pomo d’oro » de Cesti : le pari fou d’un opéra jamais rejoué depuis 1668
Deux dessins du costumier italien Giuseppe Palella pour la production de "Il pomo d'oro" d'Antonio Cesti pour le 50e anniversaire des Innsbrucker Festwochen der Alten Musik. © DE

Imaginez-vous à la cour impériale de Vienne au XVIIe siècle, avec la chance d’assister à un événement spectaculaire et grandiose, une fête théâtrale en cinq actes avec prologue, d’une durée de plus de 10 heures, interprétée par plus de quarante personnages différents, sans compter les danseurs et les figurants, avec des machines scéniques spectaculaires et jouée sur deux jours dans un théâtre en plein air construit spécialement pour l’occasion. Quelque chose d’inimaginable jusqu’alors, initialement conçu pour les festivités du mariage de l’empereur Léopold Ier et de Marguerite-Thérèse d’Espagne en 1667, mais finalement mis en scène deux ans plus tard, les 13 et 14 juillet 1668, à l’occasion de l’anniversaire de la jeune impératrice. Les heureux invités de la cour autrichienne sont certainement restés bouche bée devant ce spectacle colossal, et c’est ainsi que Il pomo d’oro d’Antonio Cesti, sur un livret de Francesco Sbarra, est devenu un exemple légendaire de fabuleux mécénat artistique. Un opéra jamais redonné à ce jour. Et pour cause ! Pour le 50e anniversaire des Innsbrucker Festwochen der Alten Musik, Ottavio Dantone et son Accademia Bizantina osent l’impossible et le remontent cet été. Pour l’occasion, le directeur artistique du Festival s’est confié à Total Baroque Magazine.

Vous êtes le directeur musical du Festival de musique ancienne d’Innsbruck depuis 2024. Comment est née l’idée de reprendre Il pomo d’oro, d’Antonio Cesti ?

Ottavio Dantone : Quand on m’a proposé ce poste, j’ai tout de suite pensé que ce serait une opportunité très importante pour mon ensemble, l’Accademia Bizantina. Je ne parle pas en termes de visibilité, mais parce que tant le Festival que le public sont habitués à la recherche et à la présentation d’œuvres, même peu connues, et que c’est le terrain idéal pour expérimenter, rechercher de nouveaux titres et faire découvrir de la nouvelle musique, comme il en existe encore beaucoup dans les archives et les bibliothèques et qui est magnifique. La première chose à laquelle j’ai pensé a été de mettre en lumière la recherche sur les musiciens qui ont été actifs à la cour de Vienne entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. Je pense à des compositeurs très importants comme Bononcini, Caldara, Giacomelli lui-même, avec lequel j’ai commencé la première année, qui sont tous des auteurs très renommés à l’époque, mais que l’on n’écoute plus beaucoup aujourd’hui. J’ai donc tout de suite pensé que ce festival nous donnerait l’occasion d’approfondir la musique de compositeurs que je connaissais, mais que je n’avais pas eu la possibilité d’interpréter et de mettre en scène. Innsbruck est le terrain de recherche parfait et idéal, comme un véritable laboratoire.

Gravure sur cuivre coloriée pour le prologue de l’opéra, « Teatro della Gloria austriaca ». Ce décor imaginé par Lodovico Ottavio Burnacini donne la mesure du faste impérial conçu pour la création viennoise de 1668. © Benedikt Lodes / Österreichische Nationalbibliothek, Misc.143 GF/2.

Un terrain si fertile que, pour le cinquantième anniversaire du Festival, vous oserez…

O. D. : L’impossible… mettre en scène le légendaire Il pomo d’oro d’Antonio Cesti.

… qui n’a plus jamais été donné après les représentations de 1668 ?

O. D. : Oui, à l’époque, après une représentation qui dura deux jours, il fut considéré comme le plus grand spectacle jamais vu dans l’histoire de la musique. Ce que nous savons, c’est qu’il y avait énormément de musiciens et des machineries scéniques très sophistiquées. La durée de l’opéra dépassait les 10 heures, sans compter les ballets et les autres divertissements liés, comme c’était l’usage à l’époque, à l’opéra lui-même. Il faut toutefois garder à l’esprit que les festivités liées aux fêtes patronales et aux couronnements duraient plusieurs semaines, ce qui n’a donc rien de surprenant. Ce qui surprend, c’est certainement la durée et l’ampleur de cette partition. Lorsque nous avons discuté de ce qu’il serait juste d’interpréter pour le cinquantième anniversaire du Festival, j’ai immédiatement pensé à Cesti, l’auteur le plus représentatif de la ville d’Innsbruck, où il a été actif, mais pas à Il pomo d’oro. Au départ, j’avais pensé à La magnanimità di Alessandro et à d’autres titres. Honnêtement, lorsque j’ai lancé l’idée de monter Il pomo d’oro à ma collègue, la directrice artistique Eva-Maria Sens, j’ignorais qu’il manquait deux actes de cet opéra, le troisième et le cinquième, mais je savais que personne ne l’avait mis en scène. Elle aussi, emportée par l’enthousiasme, a dit « allons-y ! », mais nous nous sommes ensuite rendu compte qu’il manquait deux actes. Je me suis donc dit : « Reconstruisons-les », mais je ne voulais pas mener une opération arbitraire ou autocélébratoire, et il ne m’est certainement pas venu à l’esprit de composer moi-même la musique. Je me suis plutôt procuré toutes les partitions des opéras les plus célèbres de Cesti, y compris La Dori, dont j’ai tiré quelques éléments, car nous l’avons jouée il y a quelques années, avant que je ne devienne directeur musical du Festival.

Angel

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