Vivaldi : quatre nouveaux portraits rebattent les cartes de son visage

→Un portrait inconnu de Vivaldi réapparaît dans une collection privée. En remontant sa provenance, Federico Maria Sardelli, responsable du catalogue des œuvres du compositeur et auteur en 2021 de « Il volto di Vivaldi », découvre plusieurs versions du même jeune violoniste et une piste inattendue : derrière elles pourrait se cacher un original perdu du peintre italien Piazzetta. Présentées cet automne à Florence, ces découvertes rebattent les cartes d’une iconographie que l’on croyait bien connue. Trois siècles plus tard, le visage du « Prêtre roux » réserve encore des surprises.

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Vivaldi : quatre nouveaux portraits rebattent les cartes de son visage
Portrait de Vivaldi de la collection Molinari-Pradelli, attribué à Giuseppe Nogari. Longtemps cataloguée comme simple « Portrait de musicien », cette toile de meilleure qualité aurait servi de modèle au portrait Durazzo. © DE

Responsable du catalogue des œuvres d’Antonio Vivaldi, le chef d’orchestre, compositeur, peintre et auteur Federico Maria Sardelli avait déjà consacré à l’iconographie du célèbre musicien vénitien l’ouvrage Il volto di Vivaldi (Le Visage de Vivaldi), publié chez Sellerio en 2021. Il y distinguait les portraits authentiques des fausses attributions et les replaçait dans la biographie du « Prêtre roux ». Début 2026, le message inattendu d’un collectionneur l’a conduit à reprendre ses recherches. De tableau en tableau, il a ainsi mis au jour plusieurs versions d’un même visage de Vivaldi jeune, jusqu’à formuler l’hypothèse d’un original aujourd’hui perdu. Présentées publiquement à Florence, ces nouvelles découvertes prolongent un travail iconographique mené depuis plusieurs années. Dans cette interview, Federico Maria Sardelli raconte pas à pas le cheminement qui l’a conduit jusqu’à ces portraits et aux questions qu’ils soulèvent encore.

Comment l’existence de ce nouveau portrait de Vivaldi a-t-elle été mise au jour ?

Federico Maria Sardelli : Il y a huit mois, un collectionneur d’instruments à cordes et de mandolines anciennes m’a contacté pour me dire qu’il possédait un portrait de Vivaldi que personne n’avait encore jamais vu. Ce fut un véritable coup de tonnerre dans un ciel serein. Je m’étais penché de manière approfondie sur l’iconographie vivaldienne afin de dissiper les idées fausses colportées par le passé, comme par exemple les portraits mal attribués ou désattribués. Dans le livre Il volto di Vivaldi, j’avais passé en revue tout ce que l’on savait et je pensais que le chapitre était clos. J’avoue que j’étais donc plutôt sceptique. J’ai demandé à ce collectionneur une photo du tableau, mais au lieu de cela, il m’a envoyé une copie du certificat d’authenticité ! En lisant ce document, je suis resté bouche bée, car il indiquait que le portrait provenait d’un lieu étroitement lié à la redécouverte de la collection musicale de Vivaldi au début du XXe siècle, ces manuscrits perdus qui ont refait surface en 1925 à Occimiano, une petite commune de la province d’Alexandrie, située au cœur du Monferrato, dans le Piémont.

Que disait ce certificat d’authenticité ?

F. M. S. : Le document indiquait que le tableau avait été acheté en 1924 dans la villa des marquis Durazzo par Leandro Bisiach, un grand luthier qui était également compositeur, et qu’il appartenait à ses enfants, qui en avaient hérité à sa mort avant de le céder au collectionneur qui m’a contacté. Ainsi, le nom de la famille Durazzo et le lieu de la vente ont constitué les indices les plus importants démontrant qu’il s’agissait bel et bien d’un portrait de Vivaldi. En effet, le marquis Marcello Durazzo possédait des centaines de manuscrits de Vivaldi qu’il avait légués aux pères salésiens de Borgo di San Martino, situé à quelques kilomètres d’Occimiano ; ce portrait provient donc de la collection privée du marquis, qui constituait la dernière pièce d’un ensemble de legs successoraux provenant de la maison Vivaldi et ayant changé de mains jusqu’en 1923 dans la région du Monferrato. Ce document m’avait donc révélé qu’outre les manuscrits musicaux, un portrait du compositeur avait également été conservé. Le tableau avait quant à lui ensuite été acheté par le luthier Bisiach en même temps que deux violons supposés avoir appartenu à Vivaldi. On a perdu la trace des violons, mais heureusement, le tableau a refait surface.

Portrait de Vivaldi provenant de la collection Durazzo, attribué à Giuseppe Nogari. Le compositeur y apparaît au violon, sans perruque et la chemise ouverte sur la poitrine. Sardelli considère cette toile comme une copie contemporaine du portrait conservé dans la collection Molinari-Pradelli. © DE

Cette généalogie est impressionnante, et on ne peut pas inventer une histoire pareille… Les frères Bisiach écrivent cela en 1984, lorsqu’ils vendent le tableau au collectionneur actuel, qui, après m’avoir envoyé le certificat, m’a enfin transmis une photo du recto et du verso de la toile. Cela a dissipé tous mes doutes éventuels. Je dois dire que le portrait correspond assez bien aux images que nous avons de lui, mais il est extraordinairement nouveau car il montre ses cheveux naturels, bien que grisonnants, sans perruque. Il apparaît avec son violon à la main et on remarque ce trait distinctif que constitue le col de sa chemise ouverte sur la poitrine.

Angel

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