Fondé en 1998 par le luthiste et chef Vincent Dumestre, Le Poème Harmonique fait partie des pionniers de la redécouverte du répertoire des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. L’Uomo Femina, irrésistible opéra-comédie de Galuppi, dans la mise en scène d’Agnès Jaoui, vient de se voir décerner l’Opera Award 2025 dans la catégorie « Œuvres redécouvertes ». L’ensemble privilégie les pages connues ou méconnues rythmant vie quotidienne et cérémonies à Versailles (Lully, Couperin, Charpentier…), dans l’Italie baroque de Monteverdi à Pergolèse, ou encore dans l’Angleterre de Purcell. Ses programmes retissent les liens entre profane et sacré, musique savante et sources populaires, mais associent également à la musique le théâtre, la danse ou le cirque, ou encore intègrent aux concerts des processions et des effets de spatialisation saisissants. En cette fin d’année, Vincent Dumestre surprend encore, en abordant pour la première fois Jean-Sébastien Bach, dans la version de Noël 1723 de son Magnificat. Entretien.
Jean-Sébastien Bach, maintenant. « Enfin ! », pourrait-on dire ?
Vincent Dumestre : Cela fait 27 ans que j’attendais ce moment : le premier Bach du Poème Harmonique, c’est-à-dire la première fois que nous allons donner le Magnificat de Jean-Sébastien Bach depuis tant d’années. C’est un moment important et une œuvre que je connais depuis que je suis adolescent, et que tout le monde connaît d’ailleurs, à laquelle je réfléchis beaucoup depuis des années. Ce Magnificat de J.-S. Bach, mais dans un cadre un peu particulier, puisque l’idée pour moi est de recréer le Noël de 1723, qui a été le premier Noël lorsque Bach est arrivé à Leipzig. Et pour ce jour-là, nous avons la chance d’avoir le détail de ce qu’il a composé et joué les 25, 26 et 27 décembre 1723 dans la Peterskirche et la Nikolaikirche, parce qu’il était évidemment maître de chapelle dans plusieurs églises. Je voudrais vraiment établir une image précise de ce premier Noël à Leipzig, tel qu’il se déroula en présence du Cantor, avec le Magnificat dans sa version originale, entremêlée de laudes chantées en langue allemande depuis la tribune, qui racontent l’histoire de Noël en miniature.
Ce 25 décembre, Bach avait également fait entendre la cantate BWV 63 Christen, ätzet diesen Tag, et en miroir de ces deux grandes œuvres, le Sanctus BWV 238 (créé lui aussi ce 25 décembre), ainsi qu’un choral. Ce sera également notre premier enregistrement du compositeur. Donc vous imaginez à quel point nous sommes émus par la chose en elle-même ! Et nous allons le donner à l’Opéra de Dijon, à la Chapelle royale de Versailles, puis à Gdańsk en Pologne.
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L’uomo femina. Sans le h, en italien 😉