Depuis sa création en 1987 à la faveur d’un concert au Louvre, le Concert Spirituel s’est imposé comme un laboratoire de la musique ancienne française et européenne. En collaboration avec musicologues, facteurs et interprètes fidèles, Hervé Niquet y mène une démarche radicale : réexaminer les sources, réinventer les instruments, bousculer les habitudes. À l’occasion de l’enregistrement d’une tétralogie baroque pour Alpha, le chef revient sur l’histoire artisanale d’un ensemble devenu, avec le temps, une signature sonore autant qu’un collectif de recherche.
Comment avez-vous formé Le Concert Spirituel ?
Hervé Niquet : Tout a commencé en 1987 grâce à Pierre Rosenberg, alors conservateur en chef du musée du Louvre à Paris. Il préparait une exposition sur le peintre Fragonard et m’a demandé : « Vous qui faites de la musique, vous n’auriez pas des idées pour des petits concerts ? » J’ai cherché un peu et trouvé Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier. Pourquoi celui-là ? Parce que je me souvenais que Fragonard avait illustré une des premières éditions françaises de Don Quichotte de Cervantès. C’est aussi simple que ça. À partir de là, j’ai réuni tous les copains d’Atys et c’est comme ça que c’est parti.
Et comment l’ensemble s’est-il étoffé après ?
H. N. : J’avais un chœur amateur, ça a donné une structure légale au Concert Spirituel. Et à l’époque, il y avait une place à prendre alors je me suis dit : on continue. Les musiciens avaient besoin de travail, les chanteurs aussi. Alors on a continué… et ça a marché. J’ai trouvé un label : Adda. Puis on a été racheté par Naxos, ensuite par Fnac Music, puis Glossa, etc. Mais j’ai commencé petitement. Et puis il y a eu Nicole Bru, fondatrice du Palazzetto Bru Zane, qui est encore aujourd’hui notre principale mécène.
C’est une chance !
H. N. : C’est vital.
Vous avez enregistré beaucoup d’œuvres religieuses, mais ces dernières années, on vous voit davantage du côté de l’opéra, notamment en enregistrement. Est-ce un choix assumé, une forme de rupture ?
H. N. : Non, non, non. C’est toujours une question de finances, de recherche… et de brocante ! Le grand motet français, c’est ruineux : il faut deux orchestres, un chœur de solistes, un chœur de tuttistes… Il y a de moins en moins de producteurs capables de financer ça. Alors, on s’est tourné vers ce que j’appelle les “motets moyens”, ou bien vers des grands motets en formation de chambre. On a beaucoup tourné et enregistré comme ça. Mais moi, je suis né à l’Opéra de Paris. Mon monde, c’est l’opéra. Depuis la création du Palazzetto Bru Zane, j’ai enregistré en France — et surtout à l’étranger — énormément d’opéras et de grandes pièces symphoniques. Et puis Christophe Ghristi m’a demandé de faire Platée de Rameau à Toulouse, Laurent Brunner m’a commandé Richard Cœur de lion de Grétry à Versailles, René Koering King Arthur de Purcell à Montpellier…

Vous êtes donc dans une continuité entre grand motet et opéra, parce que vous les associez esthétiquement.
H. N. : Ce sont les mêmes compositeurs.
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