Directeur du Chœur et de l’Orchestre Ghislieri, qu’il a façonnés en vingt ans de travail patient dans sa ville de Pavie, Giulio Prandi occupe aujourd’hui, avec son ensemble, une place singulière dans le paysage musical européen. Mathématicien de formation devenu chef d’orchestre, il a redonné voix à tout un pan de la musique sacrée italienne du XVIIIᵉ siècle, révélant Perez, Jommelli, Galuppi ou Scarlatti avec une exigence rare. À Pavie, son ensemble bénéficie du soutien du Collegio Ghislieri, une institution séculaire devenue un véritable laboratoire musical et social. À 48 ans, Prandi s’ouvre désormais davantage au théâtre lyrique, portant son regard analytique sur l’opéra aussi bien que sur l’oratorio. Entre redécouvertes, créations contemporaines et projets citoyens, il défend, à partir de Pavie, une vision de la musique comme force de cohésion et d’imaginaire collectif.
Vous ouvrez 2026 avec un opéra rare, Pelopida de Girolamo Abos, au Valletta Baroque Festival. Comment est née cette aventure ?
Giulio Prandi : La Valette est l’une des villes les plus profondément baroques d’Europe, et Kenneth Zammit Tabona, le directeur artistique du festival, a toujours le flair pour remettre en lumière des compositeurs oubliés. Girolamo Abos est un cas intéressant : franco-maltais de naissance, mort jeune à 45 ans, mais musicalement formé à Naples auprès de Leonardo Leo et Francesco Durante. C’est donc un compositeur pleinement napolitain, imprégné de cette écriture exigeante, tendue, parfois sévère, mais d’un raffinement extraordinaire. Quand Kenneth m’a remis la partition, il a plaisanté en disant que Pelopida ressemblait au nom d’une maladie de peau… mais une fois la partition ouverte, c’est un choc : un opéra en trois actes, monumental, héroïque, avec une virtuosité vocale impressionnante. Certaines pages de soprano atteignent des sommets que je n’avais jamais rencontrés. Le rôle-titre lui-même exige une agilité et une endurance presque surhumaines. On y retrouve tout l’héritage de l’école napolitaine : une rigueur contrapuntique, un sens aigu de la construction dramatique, mais aussi un mélodisme d’une fantaisie incroyable et une harmonie très inventive, pleine de jeux de timbres. Sur le papier, c’est une œuvre qui promet énormément, et je sens déjà que nous allons y faire une véritable découverte !
Vous accordez une grande importance à la dramaturgie dans ces résurrections d’opéras rares.
G. P. : Oui, car une œuvre ancienne a besoin d’un véritable souffle théâtral pour parler au public d’aujourd’hui. Kenneth a trouvé un jeune metteur en scène australien, Brett Brown, qui a fait ses débuts à l’opéra avec moi en novembre dernier à La Valette, dans un diptyque Gluck : Il Parnaso confuso et La Corona. Il a su rendre profondément contemporaine une dramaturgie de cour du XVIIIᵉ siècle, en la respectant tout en la rendant vive, drôle, surprenante. Le spectacle faisait rire du début à la fin, sans rien sacrifier à la musique : une petite révolution. Et cette dynamique se poursuit : après Pelopida, je dirigerai L’Olimpiade de Vivaldi à Vérone pour la Fondazione Arena, après avoir donné L’Olimpiade de Pergolesi en novembre dernier à Jesi, en Italie, avec mon orchestre, le Ghislieri, avant d’aborder en avril un monde nouveau pour moi : Madama Butterfly à Trieste, mon premier Puccini.
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