Après la disparition de son fondateur Denis Raisin Dadre en octobre 2025, l’ensemble Doulce Mémoire aurait pu se taire. Il a choisi de continuer. Héritiers d’une aventure artistique commencée il y a plus de trente ans, Elsa Frank et Jérémie Papasergio ont été choisis pour assumer aujourd’hui une transition délicate : transmettre sans figer, poursuivre sans imiter. Ancré dans le Val de Loire et fidèle au répertoire de la Renaissance, l’ensemble ouvre un nouveau chapitre de son histoire, entre hommage, création et réinvention. À l’occasion du concert-témoignage donné ce 17 mars à l’Opéra de Tours, les deux musiciens racontent ce nouveau départ.
Que s’est-il passé dans cette période suspendue entre la disparition de Denis Raisin Dadre et aujourd’hui ?
Doulce Mémoire : Il y a d’abord eu un temps de sidération. Denis nous accompagnait déjà dans une réflexion sur la transmission, sur l’avenir de l’ensemble, mais sa disparition brutale a évidemment précipité les choses et bouleversé tous les scénarios possibles. Très vite, une question s’est imposée à beaucoup d’entre nous : qu’allait devenir tout ce mouvement ? Car Doulce Mémoire n’est pas seulement un ensemble, c’est une manière d’aborder la musique de la Renaissance, une façon de penser les programmes, les croisements, la scène, le rapport aux publics. Et dans le paysage français ou européen, il n’existe pas vraiment d’équivalent dans ces spécificités-là.
Assez rapidement, nous avons compris que tout cela ne pouvait pas s’arrêter. La question n’était pas seulement : faut-il continuer ? mais : qui peut continuer ? Et, presque naturellement, les regards se sont tournés vers nous deux. Nous étions là depuis l’origine, nous avions traversé toutes les étapes de l’ensemble, nous en connaissions l’histoire intime, les fondations artistiques, les exigences. Cela s’est fait sans calcul, avec une forme d’évidence mêlée de responsabilité.
Votre lien personnel avec Doulce Mémoire remonte à plus de trente ans…
Doulce Mémoire : Oui, aux années 1990. Nous nous sommes rencontrés pendant les études, lors de stages d’été, comme cela arrive souvent dans le monde de la musique ancienne. Denis venait alors d’une formation de flûtiste à bec, avant de se tourner vers les instruments à anche. Le tout premier noyau de Doulce Mémoire s’est constitué autour de rencontres décisives : celle entre Denis et la luthiste Pascale Boquet, puis très vite avec la soprano Anne Delafosse-Quentin, qui a participé aux premiers enregistrements. À cette époque, Denis était encore professeur de musique en collège et lycée dans la région lyonnaise, mais il était déjà profondément habité par la recherche, par l’exploration du répertoire de la Renaissance. Ce qui frappe avec le recul, c’est la cohérence du chemin parcouru. Comme beaucoup d’ensembles de musique ancienne, Doulce Mémoire est né d’un désir partagé pendant les années de formation, puis s’est construit patiemment, par le travail, la curiosité et la fidélité à un répertoire qui, à l’époque, restait encore marginal.
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