Fondé en 2020, dans le contexte de la pandémie du Covid, le quatuor allemand False Consonance a été désigné « Rheinsberger Hofkapelle » (orchestre de la cour de Rheinsberg) pour la saison 2024/25, du nom de l’ensemble musical qu’a entretenu le futur roi Frédéric II de Prusse (alors prince héritier) dans son château de Rheinsberg entre 1736 et 1740. Composé de jeunes virtuoses, cet orchestre a marqué l’histoire de la musique. En souvenir de cet ensemble, chaque année une résidence d’ensembles baroques est associés au site culturel de Rheinsberg, à une centaine de kilomètres de Berlin. Soutenu par le Conseil allemand de la musique, le Land de Brême et la Fondation allemande des orchestres, l’ensemble trace désormais son chemin entre répertoire baroque, programmes historiques et projets conçus pour des lieux patrimoniaux. Aux Journées Telemann de Magdebourg, rencontre avec deux des membres du quatuor : le luthiste et théorbiste, Johannes Festerling, et le gambiste et violoncelliste, Thomas Fields.
False Consonance naît en 2020, au moment où le monde semble soudain s’arrêter. Fonder un nouvel ensemble en pleine pandémie, était-ce une forme d’optimisme ?
Johannes Festerling : C’était surtout l’envie de faire de la musique de chambre ! Nous avions la chance que trois d’entre nous vivent sous le même toit et que j’habite juste à côté. Nous pouvions donc respecter la règle des deux foyers alors en vigueur. C’est ainsi que nous avons commencé à jouer ensemble – et sans instrument à clavier !
Cette même année, Johannes, vous êtes devenu ambassadeur culturel de la ville hanséatique de Brême. Comment le devient-on et en quoi consistait cette mission ?
J. F. : Potsdam célébrait alors le 30e anniversaire de la réunification allemande. En raison de la pandémie, les festivités ont pris la forme d’une grande exposition plutôt que d’un grand événement public. Le pavillon de Brême présentait différentes formes artistiques. J’ai posé ma candidature, j’ai été retenu et j’y ai joué Bach. Brême avait d’ailleurs une place un peu particulière puisque nous proposions de véritables prestations en direct.
Thomas, votre parcours vous a conduit de New York à Brême et Wurtzbourg, mais aussi à Pékin. Qu’êtes-vous allé chercher en Chine ?
Thomas Fields : Après ma licence à Rochester, dans l’État de New York, j’ai participé pendant un an à un programme d’échange à Pékin, en effet, avec le soutien du gouvernement chinois. Au Conservatoire central, j’ai étudié la musicologie – c’était avant que je ne me spécialise dans la musique ancienne. Cette année a été passionnante : j’ai découvert la musique chinoise, mais aussi celle de musiciens venus de nombreux horizons et qui, pour toutes sortes de raisons, se retrouvaient alors à Pékin.
Votre répertoire va de Haendel et Telemann aux compositeurs français et à Georg Muffat. Mais vous avez également développé deux programmes autour de Berlin. Dans « Les Reines Philosophes », vous vous intéressez notamment à Sophie-Dorothée de Prusse. Pourquoi ?
J. F. : C’est avec ce programme des « Reines Philosophes » que nous avons posé notre candidature à Rheinsberg. L’Académie demandait que le répertoire choisi soit lié à l’« École de Berlin ». Comme nous cherchons toujours à construire des programmes variés, nos recherches nous ont conduits vers les femmes qui entouraient Frédéric II. Nous voulions mettre davantage en lumière leur importance : ses sœurs, sa mère, sa grand-mère, mais aussi Élisabeth-Christine. Pour Sophie-Charlotte, sa grand-mère, nous avons par exemple choisi une sonate d’Arcangelo Corelli : il lui avait dédié son opus 5. Nous aimons partir de ce type de liens historiques pour construire nos programmes.

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