Aujourd’hui largement méconnu, Pierre de Manchicourt fut pourtant considéré comme l’un des grands maîtres de la polyphonie franco-flamande du XVIe siècle. Avec la Missa Veni Sancte Spiritus, entourée de motets et de chansons, Stephan MacLeod et Gli Angeli Genève reviennent à une musique qui a profondément marqué le parcours du chef suisse. Trente ans après l’enregistrement de Paul Van Nevel et du Huelgas Ensemble auquel il avait lui-même participé, MacLeod reprend presque intégralement ce programme pour en faire à la fois une redécouverte et un hommage.
Né vers 1510, Pierre de Manchicourt fit carrière notamment à Tours, Tournai puis à la cour de Philippe II d’Espagne. Admiré de son vivant, cité entre autres par Rabelais, il demeure aujourd’hui dans l’ombre de Josquin, Gombert ou Lassus. Sa musique n’en possède pas moins une personnalité très forte : polyphonie dense, longues lignes entremêlées, contrepoint serré, mais aussi une expressivité qui affleure sans cesse derrière la complexité de l’écriture.
La Missa Veni Sancte Spiritus constitue le centre du disque. Ses différentes parties alternent avec des motets et des chansons françaises, parmi lesquels O Virgo Virginum, Maria Magdalene, Longtemps mon cueur languissoit ou Faulte d’argent cest douleur non pareille. Ce montage fait entendre plusieurs visages de Manchicourt, du sacré au profane, sans rompre l’unité d’un langage constamment nourri par l’entrelacement des voix.
Mais cet album est aussi une histoire personnelle. En 1996, Stephan MacLeod, alors jeune chanteur, participait avec le Huelgas Ensemble à un enregistrement consacré à Manchicourt sous la direction de Paul Van Nevel. Il s’agissait de son premier disque avec l’ensemble et de sa première expérience enregistrée de la polyphonie de la Renaissance. MacLeod dit devoir à cette messe et à plusieurs pièces du programme son amour pour la polyphonie franco-flamande.
Trente ans plus tard, il a souhaité revenir à ce même programme avec Gli Angeli Genève. Après avoir demandé l’accord de Paul Van Nevel, l’ensemble a travaillé les œuvres en concert à l’automne 2025, puis les a enregistrées à Genève en janvier 2026. Le parcours reprend presque exactement celui de 1996, avec un seul ajout : le motet O Thoma Didyme.
Le geste n’a rien d’une simple reconstitution. Il s’agit plutôt d’une transmission : retrouver, avec trente années d’expérience supplémentaires, cette polyphonie où MacLeod entend à la fois « l’intelligence de la construction » et le « plaisir physique du son ». En faisant revivre Manchicourt à travers une musique qui a compté dans sa propre formation, Gli Angeli Genève rappelle combien cette œuvre, malgré sa densité et sa sophistication, conserve une force immédiate.


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