Salvador Simão, jeune ténor portugais de 24 ans, a remporté dimanche soir à Innsbruck le Concours CESTI de voix baroques des Semaines de Musique Ancienne d’Innsbruck. Il a commencé sa formation vocale à l’Escola Artística de Música do Conservatório Nacional (EAMCN) de Lisbonne, sous la direction de Rute Dutra. Pendant ses études, il a été un membre actif de L’Opéra Studio, du Chœur de chambre et du cours de musique de chambre baroque. Il a par ailleurs été finaliste en 2017 du concours télévisé Voice of Portugal. Il poursuit actuellement ses études de master à la Dutch National Opera Academy (DNOA), où il continue ses études vocales avec la soprano Charlotte Riedijk. Il a obtenu son baccalauréat avec mention à l’Université des Arts Codarts de Rotterdam.

Le deuxième prix est allé à la mezzo-soprano allemande Magdalena Hinz, 33 ans. Boursière de l’Académie internationale Bach de Stuttgart 2022 sous la direction de Hans-Christoph Rademann, elle travaille en tant qu’indépendante avec l’ensemble vocal Collegium Vocale Gent sous la direction de Philippe Herreweghe, le RIAS Chamber Choir, le SWR Vocal Ensemble et le Gaechinger Cantorey. Elle travaille régulièrement avec l’orchestre Göttinger Barockorchester.
Le baryton français Pierre Gennaï, 23 ans, a quant à lui été doublement primé, remportant à la fois le troisième prix du Concours, mais aussi le Prix du Public. Après avoir appris la contrebasse, le piano, de l’orgue, de l’écriture et de la direction de chœur et d’orchestre, il débute le chant en 2020 au CRD de Nîmes auprès de Laurène Huet, avant d’être admis en 2022 dans la classe de chant de Mireille Delunsch au CNSMD de Lyon, tout en continuant de travailler l’orgue auprès d’Yves Lafargue au CRR de Lyon. Il a été pour la saison 2024-2025 membre de L’Opera Studio de l’Opéra National du Rhin.
Dans le programme imposé de la finale, les chanteurs ont notamment interprété un air tiré de l’opéra Atalanta de George Frideric Handel, qui sera présenté l’année prochaine par le Barockoper:Jung. La distribution sera composée de participants issus de toutes les épreuves du concours Cesti.
Le concours Cesti a été fondé en 2010 par le chef Alessandro De Marchi et Sebastian Schwarz, directeur artistique. Leur ambition : créer une compétition exclusivement dédiée au chant d’opéra baroque, avec un jury international de haut niveau, mais surtout tournée vers des débouchés concrets pour les jeunes chanteurs. Dès l’origine, il ne s’agissait pas seulement de prix financiers, mais surtout d’offrir de réelles perspectives de carrière : engagements dans le cadre des Festwochen der Alten Musik d’Innsbruck ou dans d’autres festivals et opéras renommés.

Le succès a été immédiat. En quelques années à peine, le Cesti est devenu l’une des plus importantes plateformes pour les jeunes voix spécialisées dans le répertoire baroque. De nombreuses figures majeures de la scène actuelle y ont vu leur carrière démarrer ou s’envoler : Carlo Vistoli, Filippo Mineccia, Lawrence Kilsby, Neima Fischer, Giacomo Nanni ou Marie Lys — tous ont été finalistes ou lauréats à Innsbruck. Leurs noms figurent aujourd’hui à l’affiche des productions baroques les plus prestigieuses à travers l’Europe et au-delà.
Un réseau vivant
Au niveau international, c’est une réalité pour les chanteurs : le secteur est très concurrentiel. « Il faut le dire clairement : pour les organisateurs de spectacles, monter un concert est bien plus simple qu’une production d’opéra, surtout d’un point de vue financier. Cela va de soi. Je comprends donc tout à fait que certains disent qu’il n’y a pas assez de travail dans le domaine de l’opéra — cela reste un défi », estime la directrice d’Innsbruck, Eva Maria Sens, ajoutant : « C’est la raison pour laquelle nous essayons de créer des opportunités concrètes pour de jeunes chanteuses et chanteurs. »
Les anciens participants du Concours Cesti forment aujourd’hui un réseau international fidèle au festival. Nombre d’entre eux reviennent régulièrement à Innsbruck, que ce soit pour chanter des rôles principaux, participer à des concerts ou intervenir comme formateurs. Au fil des ans, une véritable famille musicale s’est ainsi constituée, perpétuant l’esprit du festival : excellence artistique, culture vocale historique et passion pour le théâtre musical baroque.
C’est également l’objectif du projet Barockoper: jung (Opéra baroque : jeune), étroitement lié au concours, qui offre aux jeunes lauréats la possibilité de se produire dans une première production lyrique d’envergure, dans un cadre professionnel (cette année, Il Giustino de Vivaldi). Ce projet est devenu un pilier du festival.
Une reconnaissance internationale
Le jury, présidé par Sebastian Schwarz, est composé d’un panel de chanteurs, de directeurs d’opéra et de managers musicaux renommés, qui change chaque année. En 2025, outre Sebastian Schwarz, co-fondateur, le jury comprend Ottavio Dantone (directeur musical du festival d’Innsbruck) et Anna Bonitatibus (chanteuse), ainsi que de nouveaux venus comme Francesco Corti (chef d’orchestre, directeur musical du Théâtre du Château de Drottningholm), Franziska M. Kaiser (directrice de casting au Staatstheater Wiesbaden) et Julia Maynard (directrice du chant et de l’opéra chez Intermusica Artists’ Management).
Chaque année, entre 150 et 200 jeunes chanteurs du monde entier posent leur candidature. Ces dernières années, la part des candidats originaires d’Amérique latine n’a cessé de croître, reflet d’une scène vocale dynamique dans des pays comme l’Argentine, le Brésil, le Venezuela ou la Colombie. Des artistes comme Franco Fagioli, Bruno de Sá, Denis Orellana ou Mariana Flores ont ouvert la voie et servent aujourd’hui de modèles à toute une nouvelle génération.
Pour Eva Maria Sens, directrice du Festival et du Concours : « La conjoncture économique est toujours un sujet, et il serait faux de se voiler la face. La réalité est là. Cela dit, pour un festival qui n’a pas à faire tourner une grande maison au quotidien, il y a sans doute — en ce moment du moins — un peu plus de souplesse. Je ne dirais pas que c’est plus facile, car nous devons tous serrer la ceinture, mais il est encore possible d’économiser à certains endroits, tant que cela ne touche pas directement à la création artistique. »
L’objectif du concours reste clair : continuer à garantir des cachets justes et équitables aux artistes, et créer quelque chose qui apporte de la joie, du sens et une véritable valeur ajoutée au public. À moyen et long terme, la situation ne deviendra certainement pas plus simple pour nous tous. Mais pour l’instant, on peut encore « respirer ». Il existe encore des marges de manœuvre pour maintenir notre budget à flot.


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