Après des études musicales en Pologne, Stefan Plewniak découvre la musique baroque aux Pays-Bas au tournant des années 2000 : une révélation décisive. Formé notamment à Maastricht puis au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, il fonde en 2011 l’ensemble Il Giardino d’Amore, avec lequel il s’impose rapidement sur la scène européenne. Son parcours de violoniste et de chef l’amène à travailler avec des figures comme Jordi Savall, nourrissant une approche fondée sur l’énergie, la spontanéité et le refus des cadres trop rigides. Depuis 2019, il est chef associé à l’Opéra Royal de Versailles, où il développe un répertoire d’opéras et de ballets pensé pour la scène et la tournée. Parallèlement, il s’engage dans la transmission, notamment en Norvège au sein de l’institut NOR59, où il met en place des formes d’apprentissage fondées sur l’écoute et l’expérience partagée. Entre projets internationaux et vie familiale ancrée à Cracovie, il défend une manière très incarnée de faire de la musique, au plus près de l’instant et du public. Un regard singulier sur le métier de musicien qu’il nous livre ici sans détour.
Au commencement était la musique
Je viens d’une famille de musiciens, ma mère était chanteuse d’opéra, et j’ai grandi dans les théâtres. J’ai commencé ma formation musicale à sept ans ; au départ, je voulais être pianiste car j’entendais ma mère répéter à la maison, mais elle m’a poussé vers le violon ! J’ai eu la chance d’avoir un luthier dans ma famille, mon oncle. J’ai donc eu accès, très jeune, à de très bons instruments ; j’ai joué trente à quarante violons différents. Mon apprentissage a été rapide – j’étais en horaires aménagées et j’avais des facilités –, mais j’avais des professeurs peu motivants et, à plusieurs reprises, j’ai voulu arrêter. J’adorais le football et je n’avais qu’une envie : retrouver mes amis dehors pour jouer ! Le monde du conservatoire m’ennuyait profondément.
À la fin de mes études musicales, je n’avais aucune connaissance des possibilités de gestion artistique, je ne savais pas comment fonctionnaient les auditions. Je suis parti deux ans aux Pays-Bas, à Maastricht, pour faire un Master. Là-bas, une amie avait besoin d’un violoniste baroque : c’est comme ça que je me suis mis à la musique baroque. Ce fut une illumination ; dans cette église perdue aux Pays-Bas, le son était magique. J’ai vécu un moment immensément poétique.
Je suis ensuite entré au Conservatoire de Paris (CNSM) pour faire un troisième master, en musique baroque. En parallèle, depuis un an, je jouais de la musique traditionnelle à Varsovie avec un groupe qui improvisait beaucoup. Cela m’a vraiment libéré : quelle énergie, quelle joie et quelle spontanéité au sein du groupe ! Cela m’a ouvert les yeux et m’a permis de mieux comprendre comment le système de la musique classique pouvait fonctionner en termes d’expressivité et de liberté. Après mes études en 2011, j’ai fondé mon ensemble, Il Giardino d’Amore.
De Varsovie à Versailles
En 2019, mon manager Jean-Christophe Cassagnes m’a présenté à Laurent Brunner pour mener des projets avec l’Opéra Royal de Versailles, où je suis maintenant chef depuis sept ans. Cela représente une grande partie de mon temps et de mon travail. Grâce à un corps d’orchestre fixe d’environ cinquante musiciens, nous sommes parvenus à créer une sonorité reconnaissable et à donner une signature à cet orchestre, à la fois dans l’énergie et dans l’approche musicale. C’est une bonne chose, car cela prend beaucoup de temps de parvenir à faire sonner un orchestre. C’est aussi grâce à mes collègues, Gaétan Jarry, avec qui je suis ami depuis le CNSM, et Victor Jakob, que la qualité de l’ensemble orchestral est renforcée.
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