En 1996, Michi Gaigg et Carin van Heerden, toutes deux enseignantes à l’université privée Anton Bruckner de Linz, fondaient L’Orfeo Barockorchester. Depuis, Michi Gaigg dirige désormais surtout l’ensemble, après l’avoir longtemps mené comme premier violon. De leur passion commune pour Bach, Rameau et la musique française est né l’un des ensembles autrichiens sur instruments d’époque les plus marquants. Dans cet entretien, les deux fondatrices évoquent leurs découvertes artistiques, du baroque au premier romantisme, la recherche d’un son immédiatement identifiable, les défis d’un orchestre indépendant sur la scène internationale – plus encore lorsqu’il est porté par deux femmes – et les expériences qui ont façonné L’Orfeo au fil de trois décennies bien remplies.
L’Orfeo Barockorchester fête cette année ses 30 ans. Lorsque vous avez fondé l’orchestre, pensiez-vous un jour célébrer un tel anniversaire ?
C. v. H. : Oui, fonder cet orchestre a été une décision pour la vie. Nous ne pensions sans doute pas concrètement aux trente ans, mais l’idée d’un engagement presque à vie était déjà là.
Quel a été, à l’époque, l’élément déclencheur de la création de l’orchestre ?
M. G. : Eh bien, nous nous sommes rencontrées à l’université Bruckner, et c’est là que nous avons fondé l’orchestre. Toutes les deux, nous aimions Rameau et la musique française. À l’époque, c’était assez inhabituel, et c’était une belle affinité, car la plupart de nos collègues penchaient plutôt vers la musique italienne. Carin dirigeait alors les classes d’instruments à vent – flûte à bec et hautbois –, tandis que j’enseignais dans les classes de violon et d’alto, et nous avions toutes les deux, vers 1996, de très belles classes. De mon côté, le projet L’Arpa Festante venait aussi de s’achever, et je savais que la vie avec un orchestre était fatigante, mais que la vie sans orchestre serait triste. Enfant unique, j’ai toujours voulu faire partie d’un groupe (rires), et Carin, surtout en tant que hautboïste, avait très envie d’orchestre.
C. v. H. : Et puis nous étions toutes les deux venues d’ailleurs pour nous installer à Linz, et nous avions constaté qu’il ne s’y passait tout simplement pas grand-chose – et que, dans ce pays très marqué par le catholicisme, il n’existait aucune véritable tradition Bach.
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