Installée au cœur de la Hofburg à Vienne, la collection musicale de la Bibliothèque nationale autrichienne (ÖNB) s’inscrit dans une histoire pluriséculaire, née à la fin du XIVᵉ siècle comme bibliothèque de cour des Habsbourg. Structurée et monumentalisée sous Charles VI avec la construction de la Prunksaal, elle fut enrichie par des empereurs mélomanes tels que Léopold Iᵉʳ. Conservant des sources majeures de l’opéra baroque, de Monteverdi à Caldara, et aujourd’hui largement numérisée, elle éclaire le rôle central de Vienne dans l’histoire musicale européenne.
Sous les pavés la musique
« Les rues de Vienne sont pavées de culture. Celles des autres villes, d’asphalte. » On serait tenté de balayer cette phrase comme un symptôme de suffisance typiquement métropolitaine si elle ne venait pas de Karl Kraus — l’un des intellectuels les plus lucides et visionnaires de l’histoire culturelle autrichienne, et en même temps l’un des critiques les plus mordants de cette mentalité viennoise, si portée à se complaire dans une nostalgie d’opérette et à célébrer, au présent, un passé fortement déformé et idéalisé. Kraus lui-même goûtait peu la musique, mais il ne pouvait ignorer le fait que Vienne, pour de bonnes raisons, passe pour une « capitale de la musique » : car même le regard le plus distrait du passant repère partout les traces que l’histoire musicale viennoise a gravées dans l’asphalte et la pierre :
Et ce n’est là qu’un échantillon infime des plaques et stèles commémoratives qui, presque à chaque coin de rue, rappellent l’héritage culturel — surtout musical — de la métropole autrichienne.
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