Formée à Caen puis au Conservatoire national supérieur de Lyon (France), où elle étudie simultanément violoncelle baroque, harpes anciennes et viole de gambe, Manon Papasergio s’impose déjà comme une interprète recherchée, invitée par des ensembles tels que Les Musiciens de Saint-Julien ou Il Caravaggio. Lauréate de plusieurs concours et cofondatrice de l’ensemble La Capriola, elle a publié en 2025 un premier disque remarqué, Per la viola bastarda, chez Ricercar, consacré aux pratiques virtuoses de la Renaissance. Entre engagements multiples, réflexion sur les répertoires et débuts discographiques affirmés, son parcours dessine les contours d’une jeune musicienne en pleine construction ; à découvrir tout de suite de plus près.
Une rencontre
Nous retrouvons Manon Papasergio sur la terrasse ensoleillée d’un café place d’Aligre, à Paris. Tout près de la gare, car la jeune femme arrive directement de la région lyonnaise où elle vit depuis qu’elle est entrée au Conservatoire national supérieur. Elle doit pourtant souvent faire escale dans la capitale où répètent la plupart des ensembles avec lesquels elle travaille : « Je suis appelée pour jouer sur différents instruments selon les projets, explique-t-elle une fois attablée devant son café crème. Il y a deux semaines, j’étais à Paris pour un enregistrement avec Les musiciens de Saint-Julien, où on m’a demandé de jouer de la harpe et de la viole de gambe ».
Bien que fraîchement sortie d’études, la jeune femme enchaîne déjà les projets. Outre l’ensemble La Capriola, qu’elle a monté avec trois autres musiciennes au cours de son cursus au conservatoire, elle a sorti en novembre dernier son premier album solo, Per la viola Bastarda chez Ricecar.
Historiquement informée
Avec toutes ces opportunités qui semblent plus nombreuses que les heures dont elle dispose dans une journée, la musicienne fait presque oublier qu’elle n’est née qu’en 2002. Malgré la réserve qu’elle garde, s’excusant du détour que prennent certaines de ses phrases alors qu’elle tente de raffiner une idée ou de préciser un exemple, elle parle en réalité de ses choix artistiques avec une grande clarté : « Pour cet album solo, j’ai voulu m’intéresser au répertoire de la viola Bastarda : à la fin de la Renaissance, beaucoup d’interprètes se sont appropriés des airs chantés qui avaient du succès pour les adapter à leur instrument. Ils en ont proposé des versions très ornées, qui préfigurent, dans cette manière de mettre en valeur une voix, la rupture que va instaurer la période baroque avec les polyphonies renaissantes. Dans le cas de la viole de gambe, les réécritures jouent souvent sur les différentes voix d’un même morceau. On passe de registres très graves à des registres aigus ». L’occasion, donc, de montrer toute sa virtuosité sur cet instrument.
Berceau familial
Cette culture musicale, Manon Papasergio la tient bien sûr de ses années d’étude, mais aussi de l’environnement dans lequel elle a grandi. Ses parents, Elsa Franck et Jérémie Papasergio, flûtistes et hautboïstes, viennent de reprendre la direction de l’ensemble Doulce Mémoire : « J’ai toujours joué avec mes parents et avec mes frères et sœurs », acquiesce-t-elle.
La violiste et harpiste, originaire de Normandie, a commencé la musique singulièrement tôt, si tôt même, qu’elle n’a pas vraiment de souvenirs de ses premiers cours : « À quatre ans, mes parents ont trouvé une professeure dans le quartier qui a accepté de m’apprendre le violoncelle. À cet âge, c’est presque du baby-sitting ! », plaisante-t-elle. Quelques années plus tard, elle découvre grâce à l’éveil musical les autres instruments : « Et comme beaucoup de petites filles, j’ai rêvé de jouer de la harpe », se souvient-elle. Ses parents ne la poussent pas dans une direction plutôt qu’une autre, mais l’encouragent dans ses envies, et l’accompagnent désormais dans l’apprentissage de ces deux instruments pourtant très différents : « Commencer si jeune donne au fait d’avoir un instrument dans les mains quelque chose de naturel, d’évident ».

Elle suit donc, pour apprendre ce nouvel instrument, les cours d’Angélique Mauillon qu’elle va rencontrer à Tours un weekend par mois. Cette dernière, qui a suivi Manon Papasergio depuis ses sept et jusqu’à la fin de son cursus à Lyon, est très heureuse de la compter aujourd’hui parmi ses collègues. Elle parle non sans une certaine émotion de son parcours : « C’était une élève très appliquée et très investie, se souvient-elle. Elle était d’une très grande maturité musicale. À 8 ans, elle comprenait déjà parfaitement ce qu’était un contrepoint, ce qui est très, très rare. Elle ne se contentait pas de faire ce que je lui disais, elle parvenait par elle-même à une construction intellectuelle. Souvent, en tant que professeure, on voit des jeunes gens jouer très bien, mais sans qu’ils aient pour autant une compréhension immédiate de la musique : elle, elle comprenait dès le début ».
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