Comment les compositeurs Franco-Flamands, appelés « Fiamminghi » en Italie ou « Flamencos » en Espagne ont une influence majeure en Europe du Sud ? Voilà la question posée dans ce 3e article consacré à l’Europe musicale de la Renaissance par le musicologue belge, Jérôme Lejeune.
Quelques contemporains flamands de Josquin
En ce début de XVIe siècle, la musique religieuse se développe dans la majorité des pays européens dans un esprit dominé par la synthèse stylistique que représente Josquin Desprez. Quelques exemples illustrent cette richesse et les caractéristiques de cette activité dans certains centres, qu’il s’agisse d’églises ou de cathédrales, de chapelles royales, princières ou ecclésiastiques importantes, comme celle qui est au service de la papauté. Parmi les compositeurs contemporains de Josquin, citons d’abord quelques autres disciples d’Ockeghem : Antoine Brumel, Loyset Compère et Pierre de la Rue. Le rôle de ce dernier est particulièrement important. Né à Tournai vers 1450, il semble, comme son maître, ne pas suivre le chemin traditionnel vers l’Italie. On le retrouve comme chantre dans les Pays-Bas du Nord à Hertogenbosch (Bois-le-Duc) puis, dès 1492, au service de la chapelle du duc de Bourgogne avant d’être attaché à Bruxelles au service de Marguerite d’Autriche. Parmi son œuvre assez abondante, qui regroupe tous les genres de la musique vocale profane et sacrée, on dénombre une trentaine de messes, dont une Messe de Requiem. Une grande partie de ses compositions sont connues par des copies manuscrites très soignées réalisées dans l’atelier malinois du copiste Petrus Alamire.

La carrière d’Heinrich Isaac est intéressante à plusieurs égards. Il naît en Flandre vers 1450. Son premier séjour italien le conduit à Florence, dans l’entourage des Médicis. Malgré un attachement profond à cette ville, c’est au service de Maximilien Ier d’Autriche qu’il occupe ses plus importantes fonctions. Son rôle dans l’éclosion musicale des pays germaniques avant la Réforme est donc capital ; il y apporte son savoir-faire de compositeur flamand, mais aussi la nouvelle fraîcheur de la musique italienne. Dans le domaine de la musique religieuse, on lui doit, outre des messes et des motets, un volumineux recueil qui lui est commandé par la cathédrale de Constance en 1508 : ce Choralis Constantinus contient 375 motets, dont les textes sont en fait ceux du proprium de tous les offices de l’année liturgique ; il s’agit d’une collection absolument unique en son genre. Elle est finalement éditée en 1550, date qui marque le retour de la ville de Constance au catholicisme.
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