Figure majeure de l’interprétation baroque et classique depuis plus d’un demi-siècle, John Eliot Gardiner a profondément influencé notre façon d’écouter Monteverdi, Bach et Berlioz. Fondateur du Monteverdi Choir en 1964, puis des English Baroque Soloists ainsi que de l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique en 1989, le chef d’orchestre britannique a été l’un des pionniers et des architectes de l’interprétation historiquement informée, avec des projets marquants tels que le Bach Cantata Pilgrimage en 2000. À la suite de l’incident largement médiatisé survenu au Festival Berlioz en 2023, qui a finalement conduit à son départ des ensembles qu’il avait fondés six décennies plus tôt, il aurait pu, à 82 ans, choisir de prendre sa retraite. Mais il a choisi de rebondir en fondant Springhead Constellation, un nouvel ensemble choral et orchestral conçu comme un collectif agile et nomade, ancré dans son domaine familial de Springhead, en Angleterre. Dix-huit mois plus tard, un grand nombre de musiciens l’ont rejoint, et l’ensemble vient de terminer une tournée européenne consacrée à Bach, après des concerts en Asie en mars. Nous rencontrons à Heidelberg un chef d’orchestre qui parle volontiers d’une « deuxième vie », désormais également consacrée à la transmission.
Nous nous rencontrons aujourd’hui à Heidelberg, où le Festival de printemps accueille votre nouvel ensemble Constellation pour un concert intitulé « Trilogie de Pâques ». Heidelberg est l’avant-dernière étape d’une tournée qui vous a conduit à Athènes, Budapest, Versailles et demain à Udine, en Italie. Votre ensemble Constellation apparaît sous le nom complet de « Springhead Constellation ». Il s’agit bien plus que d’un simple orchestre et chœur…
John Eliot Gardiner : C’est avant tout une nouvelle opportunité. Je ne veux pas m’attarder trop sur le passé, car on ne peut pas le changer. Mais on peut faire de meilleurs choix pour l’avenir. Et la création de Springhead Constellation, c’est précisément cela : un choix pour l’avenir, lié à Springhead, le domaine familial où je suis né, en Angleterre. Avec cette nouvelle organisation, nous avons créé une structure beaucoup plus légère et agile, qui nous offre une grande liberté et une grande flexibilité pour travailler d’une manière qui correspond pleinement à notre vision artistique. Aujourd’hui, la structure administrative est minimale et, en très peu de temps, nous avons réussi à réunir à nouveau les meilleurs musiciens, qui se sont joints à nous spontanément, animés d’un fort désir de participer. Il y a de la loyauté, une nouvelle énergie. C’est véritablement une nouvelle aventure.
Vous avez dû quitter le Monteverdi Choir et les English Baroque Soloists à l’automne 2023, des ensembles que vous aviez fondés, à la suite de l’incident survenu lors d’un concert au Festival Berlioz à La Côte-Saint-André, en France. Comment avez-vous vécu cette période ?
J. E. G. : Bien sûr, je regrette profondément ce qui s’est passé à La Côte-Saint-André fin août 2023. Pour moi, cela a été suivi d’une période de réflexion très intense ; presque une prière, voire une thérapie. Ce fut une période difficile, très douloureuse, et j’avais toujours ressenti un lien musical très profond et une grande loyauté envers de nombreux musiciens, tant au sein du chœur que de l’orchestre. Parallèlement, les divergences de vues sur l’orientation future et la structure de l’organisation ne cessaient de s’accentuer. Mais avec le recul, deux ans plus tard, je vois aussi que cet épisode a été une opportunité. La nouvelle structure permet une plus grande flexibilité et une meilleure réactivité artistique que ce qui était possible au sein d’un cadre institutionnel beaucoup plus vaste – tout en restant bien sûr constamment conscient des réalités économiques et des défis financiers.
En tant que cofondatrice et CEO de Constellation, votre partenaire Gwyneth Wentink joue un rôle important dans cette nouvelle organisation…
J. E. G. : Oui. Gwyneth est ma partenaire depuis plusieurs années. Nous nous sommes rencontrés en 2010 lors d’une production de Pelléas et Mélisande à l’Opéra-Comique de Paris, où elle jouait la harpe solo. Gwyneth vise également à jeter des ponts entre les arts, l’éducation et l’écologie à travers des projets multidisciplinaires combinant musique, histoire, philosophie, science et nature. Nous formons une véritable équipe. L’orchestre et le chœur ressentent clairement cette complicité entre nous. Avec nos administratrices Margot Moseley et Jane Kemp, nous formons une équipe réduite mais très efficace.
Passionné⋅e de musique ancienne et envie de lire cet article réservé aux abonné⋅es ?
Si vous n'êtes pas abonné⋅e, rejoignez la communauté internationale Total Baroque. Abonnez-vous ici à partir de 5,00€.
Je m'abonneSi vous êtes déjà abonné⋅e, connectez-vous.
Je me connecte



Vous devez être connecté pour commenter.
Se connecter