Cappella Mediterranea & Leonardo García-Alarcón 

Colonna / Händel : jeux de miroirs

→Polyphonie somptueuse, dissonances inattendues, virtuosité chorale : Leonardo García-Alarcón exhume un trésor oublié du baroque italien et, tout en l’associant à Händel, lui rend son éclat propre.

Colonna / Händel : jeux de miroirs

Dans son nouvel album, à la tête du Chœur de chambre de Namur et de Cappella Mediterranea, Leonardo García-Alarcón fait dialoguer la Missa concertata de Giovanni Paolo Colonna, trésor oublié du baroque romain, avec le très célèbre Dixit Dominus de Händel. Le temps de trois questions, le chef argentin revient sur la genèse de ce programme, son admiration pour Colonna — maître méconnu au contrepoint visionnaire — et sa manière toujours personnelle d’aborder les grands chefs-d’œuvre.

Votre enregistrement met en parallèle le compositeur italien Giovanni Paolo Colonna et Händel. Quelles affinités stylistiques ou spirituelles vous ont conduit à rapprocher ces deux personnalités dans un même programme ?

Leonardo García-Alarcón : C’est pour moi une évidence que lorsque Händel arrive à Rome en 1707, il découvre que l’admiration pour le compositeur Giovanni Paolo Colonna y est encore très vive. Bien que Colonna soit mort quelques années plus tôt, sa musique est considérée au Vatican, dans toute la ville de Rome et partout en Italie comme un exemple de musique polyphonique somptueuse dans le nouveau style – c’est-à-dire le fait de mélanger de grands chœurs avec des solistes. Tout cela est indiqué dans la partition où l’écriture de l’orchestre est séparée. On appelle cela un concertato, c’est-à-dire une messe dans laquelle les instruments jouent une voix indépendante de celle du chœur, et c’est une grande nouveauté. Colonna va susciter l’admiration de l’empereur d’Autriche Léopold Ier, qui fera appel à lui pour qu’il joue sa musique à Vienne. Il est également présent dans la bibliothèque de Louis XIV en France comme le « maître des maîtres ». Tout cela me laisse entrevoir que le jeune génie musical de 22 ans qu’est Händel se mesure à Colonna, et c’est pour cela que j’ai voulu avoir ces deux « colonnes » de l’histoire de la musique dans ce même disque.

Vous avez découvert la musique de Colonna à la bibliothèque de Vienne il y a quelques années en recherchant le troisième acte du Prometeo de Draghi. Qu’est-ce qui vous a particulièrement frappé dans cette messe au point de vouloir la faire découvrir au public d’aujourd’hui ? Quelles en sont les difficultés ?

L. G.-A. : Ce qui m’a frappé lorsque j’ai découvert le manuscrit de cette messe, c’est la complexité dans le contrepoint, où tout semble pourtant couler d’une seule source. Les harmonies recherchées et leurs nombreuses dissonances m’ont tout de suite fait penser à une musique beaucoup plus tardive, à celle de Händel ou de Bach. À la première lecture, j’ai même pensé qu’il s’agissait d’une pièce d’un de ces deux compositeurs ! Je n’avais jamais été en contact avec une musique italienne de la fin du XVIIe siècle de ce type, je me suis rendu compte immédiatement qu’il s’agissait d’un des plus grands — sinon le plus grand — des compositeurs de cette époque. J’ai ressenti immédiatement une très grande similarité avec la Messe en si mineur de Johann Sebastian Bach, rien que par la tonalité : il est rare d’écrire une messe en tonalité mineur. C’est vrai que Caldara l’a fait avec sa Messe en si mineur, mais seulement en 1736. Colonna le fait dès 1686, ce qui est assez révolutionnaire pour son époque.
Plus que des difficultés, il s’agit des qualités de la partition qu’on doit pouvoir mettre en valeur. Quand par exemple dans le Quoniam tu solus sanctus ou le Cum sancto spiritu je dois faire ressortir les 4 thèmes fugués, et faire comprendre aux chœurs et aux instrumentistes ce qu’il se passe pour que chacun puisse en être conscient. Parce qu’il n’est pas très simple de faire face une telle virtuosité d’écriture, il faut réagir immédiatement aux propositions du compositeur pour que le public puisse percevoir immédiatement cette texture, ces harmonies complexes. Il doit pouvoir les ressentir comme quelque chose de naturel.

À l’inverse, le Dixit Dominus de Händel est extrêmement donné et a été enregistré de nombreuses fois. Comment avez-vous cherché à vous distinguer des versions existantes ? Quelle a été votre approche de l’œuvre ?

L. G.-A. : Je ne pense jamais à être original quand j’aborde une pièce du passé. Je me soucie surtout du fait que la pièce elle-même puisse me parler avec toute sa force, qu’elle puisse me toucher par ses paramètres que j’arrive à lire et à interpréter. Je pense finalement que c’est ça l’interprétation : interpréter c’est lire, lire avec ses propres yeux. Je ne pourrai jamais offrir une version similaire à celle d’un autre chef car mon interprétation va être différente de toute manière. Et c’est là ce qui justifie toutes les interprétations du monde. Mais le plus important est de ne pas vouloir être original, ce serait un contresens de toute ma recherche. C’est la pièce elle-même qui doit me dire des choses, qu’elle m’offre à moi comme un cadeau pour que je puisse le partager avec tous.

Revue de presse Revue de presse

Musicalement, cette production est solide. […] L’orchestre et le chœur de chambre de Namur […] font ensemble une excellente musique. D’une façon générale, c’est un plaisir, surtout si c’est votre première découverte de Colonna !

Biberfan

Une mise en regard passionnante du premier enregistrement mondial d’un chef d’œuvre oublié et une lecture nouvelle d’une des compositions les plus brillantes du jeune Haendel, ébloui par sa découverte du baroque italien.

France Musique

Tout cela est rendu ici avec un brio ébouriffant, une audace, un goût des contrastes et du spectaculaire, une gourmandise sonore et une manière d’insolence, qu’on imagine être celles même du jeune Haendel.

Charles Sigel, ForumOpéra