Adèle Charvet enfile le costume de Ruggiero (Alcina, Haendel) à partir du 6 octobre à l’Opéra de Lille, dans une mise-en-scène d’Ewelina Marciniak, aux côtés du Concert d’Astrée, sous la direction d’Emmanuelle Haïm. Dans les prochaines semaines, elle sera aussi Nerone dans Agrippina (Haendel), en tournée européenne avec Les Accents et Thibault Noally, puis Poppea dans Le Couronnement de Poppée (Monteverdi) au Capitole de Toulouse, avec I Gemelli, sous la direction d’Emiliano Gonzalez Toro, dans une mise en scène de Mathilde Étienne. Lauréate du Prix Yves Paternot du Verbier Festival en 2017 et nommée aux Victoires de la musique classique en 2020, la mezzo-soprano française s’est peu à peu fait une place sur les scènes européennes, de Glyndebourne à l’Opéra-Comique et au Festival de Salzbourg. Pour Total Baroque Magazine, elle raconte son parcours, ses prochains défis et nous ouvre les coulisses de son métier.
Cette saison, parmi vos nombreuses productions, vous chantez dans trois opéras baroques : Alcina, Agrippina et Le Couronnement de Poppée. Avez-vous un attachement particulier à ce répertoire ?
Adèle Charvet : Absolument ! Le répertoire baroque, en particulier italien, ce sont mes premières amours d’étudiante. C’est un répertoire que j’ai énormément étudié au conservatoire. C’est dans mon ADN. D’autant que j’ai pris mes tout premiers cours de chant avec ma tante Julie Hassler, qui est spécialisée dans la musique baroque et extrêmement érudite. Ce répertoire a toujours été assez essentiel, même dans ma vie de mélomane. C’est souvent la musique que j’écoute en dehors de ma pratique. Mais lorsque j’ai commencé ma carrière, j’avais très peur des cases, donc je ne voulais pas me lancer en m’annonçant spécialiste. J’avais trop soif d’autres répertoires, je n’avais pas envie de me fermer de portes. Mais au bout de quelques années de carrière, j’ai vraiment réclamé à mes agents des engagements dans la musique baroque parce que ça me manquait trop. C’est sûr que j’ai une évidence, en termes de voix, dans la musique baroque italienne tardive. Ces rôles haendéliens me tombent dessus comme une robe sur mesure, en particulier les rôles de castrats. Avec ma voix de mezzo-soprano – avec une certaine amplitude –, je me sens complètement à la maison.
Ruggiero, Nerone, Poppea, ce sont trois prises de rôle…
A. C. : Les prises de rôle, c’est très excitant, mais ça peut être un peu usant. C’est sportif pour la mémoire, parce que l’apprentissage d’un rôle est un travail de longue haleine. Il y a tellement d’heures de musique à apprendre, à ingurgiter. Il y a aussi tout un travail autour de l’architecture de l’œuvre, surtout avec ces opéras-là qui sont très touffus, avec des récits très chargés. En ce moment, je chante Alcina, en même temps j’étudie Nerone dans Agrippina et je me rends compte que je mélange les récits. Parfois, il nous manque un tout petit peu de temps pour que le corps crée des automatismes. C’est toujours lors du dernier spectacle que j’ai la sensation d’avoir fait du bon travail, que je suis enfin prête. Il faudrait en faire dix de plus ! Il y a des rôles que je rêve de chanter à nouveau, de répéter, parce qu’il n’y a qu’en répétant que les choses infusent, que notre interprétation s’approfondit. L’intimité que l’on a avec un gros rôle grandit à mesure qu’on le chante. Et le rôle grandit aussi avec nos chemins de vie.
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