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Barque Ensemble : la vitalité du baroque polonais

→Ils sont de 4 à 6 jeunes Polonais, ont créé Barque Ensemble en 2019 à Łódź, se passionnent pour Telemann et les « maîtres oubliés » allemands ou, plus rares, irlandais. Prochain rendez-vous pour eux : le 28 août aux Innsbrucker Festwochen der Alten Musik, à Innsbruck !

Barque Ensemble : la vitalité du baroque polonais
"Barque Ensemble doit rester un espace d’expérimentation : dans le choix des œuvres, dans les associations d’instruments et dans les rencontres avec d’autres musiciens." © Oset Studio

C’était un doux début d’après-midi de juin dans une cour intérieure de Potsdam. Après une heure de musique de chambre donnée dans le foyer de la Nikolaisaal, quatre membres du jeune Barque Ensemble polonais – Justyna Wójcikowska, Anna Cierpisz-Szpot, Kacper Szpot et Radosław Orawski – évoquent la naissance de leur ensemble, l’essor spectaculaire de la musique ancienne en Pologne, leur goût pour les « maîtres oubliés », mais aussi leurs recherches de répertoire, leurs projets interdisciplinaires et cette complicité musicale qu’ils entendent bien cultiver pendant de longues années encore.

Qu’est-ce qui a été déterminant dans votre décision de vous réunir en ensemble en 2019 ?

Barque Ensemble : Nous nous sommes rencontrés à l’Académie de musique de Łódź, où nous avons joué ensemble de la musique de chambre sous la direction d’Ewa Mrowca, claveciniste reconnue. Kacper [Szpot] nous a ensuite rejoints. Au départ, nous faisions simplement de la musique en groupe pour le plaisir. Pendant la pandémie, nous avons réalisé quelques enregistrements et nous nous sommes également entraidés pour nos récitals de master. Puis est venue l’idée de nous produire véritablement en public. Ce qui nous réunit reste avant tout le plaisir de passer du temps ensemble et de faire de la musique. Avec Barque Ensemble, nous pouvons développer notre propre vision de l’interprétation. Lorsque nous jouons dans d’autres ensembles, nous nous inscrivons nécessairement dans la conception artistique de leurs directeurs. Ici, cette vision, nous la construisons entre nous. Et finalement, jouer de la musique en commun est peut-être la meilleure manière de profiter des uns et des autres !

De gauche à droite : Ania Cierpisz, Justyna Wójcikowska, Aleksandra Gajkowska-Swinarska, Kacper Szpot, Radosław Orawski et Monika Stachowiak. © Oset Studio

Est-il encore inhabituel de se spécialiser dans la musique ancienne en Pologne ? Comparée à l’Angleterre, à la France ou aux Pays-Bas, le genre semble avoir mis davantage de temps à s’imposer dans la vie musicale du pays.

B. E. : La scène de la musique ancienne se développe aujourd’hui très rapidement en Pologne. Nous sommes également partis étudier à l’étranger dans le cadre du programme Erasmus, et nous rapportons avec nous les expériences que nous y avons acquises. Mais la pratique de la musique ancienne est désormais très bien implantée dans notre pays. Nous travaillons notamment au sein de trois orchestres permanents spécialisés dans ce répertoire. Lorsque nous en parlons avec des collègues étrangers, certains sont d’ailleurs surpris d’apprendre qu’il est possible, en Pologne, de gagner sa vie en jouant exclusivement de la musique ancienne.

Barque Ensemble s’intéresse particulièrement aux projets interdisciplinaires. Quels types de projets avez-vous déjà réalisés ? Les concerts pédagogiques occupent-ils également une place importante dans votre activité ?

B. E. : Nous avons donné à Łódź plusieurs concerts associant poésie polonaise et musique. Au Festival Podkarpacie, dans le sud-est de la Pologne, nous avons donné un concert consacré au peintre Słońcesław z Żołyni. Nous avons également imaginé un cycle consacré à la musique anglaise, ponctué d’anecdotes historiques. Kacper y récitait notamment des extraits du journal de Samuel Pepys, mis en regard avec des textes évoquant la vie en Pologne à la même époque, dans les années 1660. Nous aimons cette forme de « concert-conférence », qui nous permet de présenter nos instruments, de raconter la musique et de la replacer dans son contexte. Nous proposons notamment ce type de programme dans de petites villes, où cette dimension de médiation prend tout son sens.

Lorsque nous en parlons avec des collègues étrangers, certains sont surpris d’apprendre qu’il est possible, en Pologne, de gagner sa vie en jouant exclusivement de la musique ancienne !

Votre programme à Potsdam associait Johann David Heinichen à plusieurs de ses contemporains aujourd’hui moins connus : Johann Christian Schickhardt, William Corbett et Christian Friedrich Witt. Schickhardt fut un musicien itinérant parcourant le Saint-Empire, l’Europe du Nord et les Pays-Bas, tandis que Witt fut maître de chapelle à la cour ducale de Saxe-Gotha. Comment avez-vous découvert ces compositeurs et leur musique ?

B. E. : Nous étions à la recherche d’un répertoire adapté à notre formation assez atypique – flûtes à bec, flûte traversière, violon et basse continue. Nous avons d’abord découvert un recueil de Schickhardt et cherché à savoir si la partie initialement destinée au hautbois pouvait être adaptée au violon. Cette recherche de répertoire fait véritablement partie de notre travail. Nous cherchons des œuvres que nous pouvons adapter à notre formation. Ce sont surtout « les garçons » de l’ensemble qui se chargent de cette exploration ! Nous avons par exemple en tête certaines pièces de Johann Georg Linike, et nous expérimentons régulièrement avec les œuvres de compositeurs moins connus. Nous souhaitons permettre à cette musique de retrouver un public et montrer qu’elle peut parfaitement tenir sa place aux côtés des œuvres de Haendel ou de Telemann.

De gauche à droite : Monika Stachowiak, Ania Cierpisz, Kacper Szpot, Radosław Orawski, Aleksandra Gajkowska-Swinarska et Justyna Wójcikowska. © Oset Studio

Qu’est-ce qui caractérise, selon vous, Barque Ensemble ? Quels répertoires privilégiez-vous ? Faites-vous appel à des musiciens supplémentaires lorsque les programmes l’exigent ?

B. E. : Notre travail s’organise aujourd’hui autour de trois grands axes. Il y a tout d’abord Georg Philipp Telemann, qui occupe une place importante dans notre répertoire. Nous avons ensuite notre programme anglais, dans lequel nous mêlons musique savante, musique populaire et airs issus de The English Dancing-Master. Enfin, nous consacrons une partie essentielle de nos recherches aux « maîtres oubliés », parmi lesquels figure, par exemple, le compositeur irlandais relativement méconnu Thumoth Burke. Selon les projets, nous invitons d’autres musiciens à nous rejoindre. Pour notre programme consacré au peintre polonais, par exemple, nous nous tournons vers la musique de la Renaissance et jouons avec un chanteur. Plus généralement, nous aimons inviter de jeunes musiciens, partager nos expériences avec eux et, tout simplement, passer du temps à faire de la musique ensemble.

Nous avons le sentiment d’avoir constitué un groupe qui peut jouer et rester ensemble très longtemps – peut-être toute une vie ?

Quel son recherchez-vous idéalement avec Barque Ensemble ? Et comment travaillez-vous pour y parvenir ?

B. E. : Nous cherchons avant tout un son cohérent, homogène, malgré la diversité de nos instruments. Nous ne cherchons pas à reproduire un son entendu sur des enregistrements existants. Nous préférons écouter nos propres instruments, comprendre ce qu’ils peuvent nous offrir et rechercher ce qui fonctionne le mieux avec la musique que nous avons choisie. Pour préparer le concert de Potsdam en juin, par exemple, nous avons commencé à répéter dès le mois de janvier. Nous avons beaucoup travaillé, enregistré nos répétitions, puis réécouté ces enregistrements afin d’exercer notre propre regard critique. Nous parlons énormément de la musique entre nous. Et notre son évolue en même temps que les relations que nous entretenons les uns avec les autres. Nous avons le sentiment d’avoir constitué un groupe qui peut jouer et rester ensemble très longtemps – peut-être toute une vie. C’est aussi pour cela que nous cherchons sans cesse à faire évoluer à la fois notre son et notre manière de travailler ensemble.

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Barque Ensemble a déjà été récompensé lors de concours à Magdebourg, Göttingen et L’Aquila. Jusqu’à présent, vos concerts se sont principalement déroulés en Pologne. Avez-vous désormais des projets plus concrets à l’étranger, voire sur d’autres continents ?

B. E. : Oui, et certains de ces concours nous ont précisément ouvert de nouvelles perspectives. À Göttingen, l’un de nos prix comprenait notamment un concert à Vancouver, où nous nous produirons l’été prochain. Une chose comparable s’est produite à Magdebourg : nous avons été invités à revenir pour participer à un Telemann-Sommer-Fest. Nous avons également reçu une invitation des Innsbrucker Festwochen der Alten Musik pour y présenter un programme consacré à Telemann. Ce même programme sera également donné au festival polonais Barok na Spiszu. Ces invitations nous permettent progressivement d’élargir notre activité au-delà de la Pologne, en effet.

Quels sont les projets de Barque Ensemble dans un avenir proche ? Avez-vous déjà de nouvelles idées de répertoire ou de programmes ?

B. E. : Nous envisageons de réaliser notre premier enregistrement, qui serait principalement consacré aux œuvres de notre répertoire des « maîtres oubliés ». Et nous souhaitons continuer à faire varier la composition de l’ensemble, afin de ne pas toujours jouer dans une formation strictement identique. Barque Ensemble doit pouvoir rester un espace d’expérimentation : dans le choix des œuvres, dans les associations d’instruments et dans les rencontres avec d’autres musiciens.

De gauche à droite : Radosław Orawski, Aleksandra Gajkowska-Swinarska, Monika Stachowiak, Ania Cierpisz, Justyna Wójcikowska, et Kacper Szpot. © Oset Studio
  • 28 août – Lunchkonzert, Innsbrucker Festwochen der Alten Musik, Hofgarten, Innsbruck, Autriche
  • Été 2027 – concert dans le cadre du Summer Festival d’Early Music Vancouver. Barque Ensemble a remporté le « Vancouver Prize » du Göttingen Handel Competition 2026, qui comprend cette invitation. La date précise n’est pas encore annoncée.