Fondée en 2007 pour mieux faire connaître la musique ancienne et lui donner une place plus forte dans la vie culturelle new-yorkaise, la Gotham Early Music Scene (GEMS) s’est imposée comme l’un des piliers de la scène locale de la métropole américaine. L’organisation contribue aussi à renforcer la qualité, la visibilité et la pérennité des artistes et des ensembles qui font vivre ce répertoire. Aujourd’hui, l’organisation s’apprête à accueillir son nouveau directeur exécutif, Dominic Giardino, après quelques mois d’intérim assurés par son fondateur, Gene Murrow. Peu avant de quitter ses fonctions et d’ouvrir une nouvelle étape de sa carrière, John Thiessen s’est entretenu avec Total Baroque Magazine. Musicien baroque accompli, professeur à la célèbre Juilliard School et décrit un jour par le New York Times comme « la référence absolue de la trompette baroque dans ce pays », il revient sur ses quatre années à la tête de l’organisation et explique pourquoi cette structure unique est essentielle à la vitalité – voire à la survie – de la musique ancienne aux États-Unis.
Comment la Gotham Early Music Scene a-t-elle été fondée ?
John Thiessen : GEMS a été fondée par Gene Murrow. Après des diplômes de mathématiques à Columbia et à Harvard, et des études de hautbois menées en parallèle à Juilliard, il est devenu président de deux entreprises prospères spécialisées dans la vente d’ordinateurs personnels. Une fois à la retraite, il a voulu contribuer à faire de New York un centre de référence mondial pour la musique ancienne. Il a donc créé cette organisation à but non lucratif. Il est allé voir les musiciens pour leur demander : « De quoi avez-vous besoin ? » Ils lui ont répondu : « Nous avons besoin de travail ! » Alors il a dit : « Rassemblons-nous ! » Il existait déjà à New York une activité importante autour de la musique ancienne, mais elle n’avait jamais été très bien financée. GEMS est devenue une sorte de refuge où les ensembles peuvent grandir. L’organisation a vraiment commencé à s’épanouir autour de 2011, au moment où Juilliard a lancé son programme d’interprétation historique et où Trinity Church a commencé à présenter une grande série de cantates de Bach – dont je dirigeais l’orchestre, en faisant souvent appel aux premiers étudiants issus du programme de Juilliard.
GEMS est donc une sorte d’incubateur ?
J. T. : Oui, en quelque sorte. L’idée est de travailler avec des musiciens et de petits ensembles. L’organisation les accompagne jusqu’à ce qu’ils puissent prendre leur envol et, éventuellement, devenir eux-mêmes des organisations à but non lucratif. En attendant, GEMS les aide à lever des fonds et prend en charge toutes leurs tâches administratives. Cette année certains groupes, à mon avis, sont tout près de franchir cette étape ! Naturellement, je leur souhaite tout le meilleur.
On a l’impression que GEMS est l’organisation de service par excellence pour la musique ancienne. Le précieux joyau de la couronne culturelle new-yorkaise, à la hauteur de son nom [« gem » en anglais veut dire « joyau »] !
J. T. : Ce rôle se voit très concrètement dans le lien qui s’est créé entre GEMS et le département d’interprétation historique de Juilliard, où j’enseigne. Beaucoup de jeunes musiciens y forment leurs premiers ensembles, puis se tournent vers GEMS pour bénéficier d’un cadre administratif, fiscal et professionnel. Quand je vais enseigner à Juilliard, je passe devant une affiche montrant les musiciens de la toute première promotion du département lors d’un concert d’étudiants. Plusieurs de ces jeunes virtuoses dirigent aujourd’hui leurs propres formations. Pour moi, cela montre l’impact de GEMS, aux côtés de la Juilliard School, des donateurs, des mécènes et du public new-yorkais : tout un écosystème qui permet à une nouvelle génération d’artistes de prendre son envol.
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