Lorsque Hans-Georg Kaiser rejoint le Freiburger Barockorchester, en 1989, il découvre un jeune ensemble porté par l’énergie d’une poignée de musiciens passionnés, mais qui ont un besoin urgent de soutien organisationnel. Trente-sept ans plus tard, le FBO est considéré comme l’un des ensembles les plus renommés au monde dans le domaine de l’interprétation historiquement informée. Il se produit dans les grandes salles de concert internationales, dispose de l’Ensemblehaus, son propre immeuble à Fribourg-en-Brisgau, dans le sud-ouest de l’Allemagne, et a développé une identité artistique issue de la recherche musicologique, de la curiosité stylistique et d’une exigence sonore. Quelques jours avant de passer le relais à une nouvelle génération, Hans-Georg Kaiser revient pour Total Baroque Magazine sur les années pionnières de la musique ancienne en Allemagne, sur l’essor international de l’interprétation historiquement informée depuis les années 1990, sur l’évolution du métier de gestionnaire culturel, mais aussi sur les défis de l’avenir : le renouvellement de l’ensemble, l’importance du financement privé et la transmission d’un esprit d’ensemble qui, malgré le succès, est resté fidèle à son idéal collectif d’origine.
Vous quittez vos fonctions d’intendant et de directeur général au 1er juillet, deux ans plus tôt que prévu. Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir ce pas ?
Hans-Georg Kaiser : Je suis convaincu que toute institution a besoin, à un moment donné, de nouvelles perspectives, y compris au niveau de la direction. Les jeunes apportent un regard différent sur le présent et de nouvelles idées sur la manière de positionner un ensemble sur le marché aujourd’hui. Nous sommes désormais prêts pour cela. C’est pourquoi j’ai décidé de m’arrêter un peu plus tôt. En même temps, je reste attaché à l’orchestre, notamment dans le domaine du financement privé. Car je suis fermement convaincu que l’avenir de la culture dépendra davantage de l’engagement privé. Le financement public est de plus en plus sous pression : nous le constatons déjà aujourd’hui dans de nombreux domaines. Les réseaux professionnels et amicaux jouent ici un rôle décisif. Les contacts se nouent au fil des décennies ; ils constituent un élément central de notre travail. Je considère qu’il est de mon devoir de transmettre ce réseau à la prochaine génération et de l’aider à mettre en place ses propres structures.
Vous travaillez depuis près de quatre décennies au sein du Freiburger Barockorchester. Comment avez-vous commencé ?
H.-G. K. : J’ai en effet commencé très tôt, à 27 ans, juste après mes études à Fribourg. J’avais étudié la musique et le violon, mais dès mes études, il m’était clair que je ne voulais pas suivre la voie classique, c’est-à-dire enseigner. Ce qui m’intéressait davantage, c’était ce qui se passe en coulisses : comment naît un concert ? Quels processus organisationnels, logistiques et artistiques s’imbriquent les uns dans les autres ? Ces questions me fascinaient. Dès les années 1980, j’ai commencé à me constituer systématiquement un réseau de contacts. À l’époque, j’avais – ce qui était plutôt inhabituel – un ordinateur personnel et je me faisais envoyer des adresses de festivals, d’organisateurs de concerts et d’institutions du monde entier. Je voulais comprendre comment les programmes se construisaient et comment la scène évoluait. Rétrospectivement, c’était une sorte de travail préparatoire pour ce qui allait suivre.
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