Concerto 1700 & Daniel Pinteño

Quatuors de Boccherini : la fabrique d’un enregistrement

→À l’occasion de l’enregistrement de l’intégrale des « Quatuors op. 22 » de Luigi Boccherini, Daniel Pinteño et Concerto 1700 proposent une lecture vivante et expérimentale du quatuor au XVIIIe siècle espagnol. Travail sur les sources, liberté d’interprétation, gestion des enjeux du disque aujourd’hui : un entretien qui relie étroitement projet artistique et réalités du métier, à l’heure des contraintes budgétaires et du streaming.

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Quatuors de Boccherini : la fabrique d’un enregistrement
De gauche à droite : Isabel Juárez (alto), Fumiko Morie (second violon), Ester Domingo (violoncelle) et Daniel Pinteño (premier violon) © Michal Novak

Dans le prolongement de leur disque consacré aux Quatuors à cordes op. 3 de Gaetano Brunetti paru l’an dernier, Concerto 1700 se tourne cette fois vers l’intégrale des Quatuors à cordes op. 22 de Luigi Boccherini (1743-1805), récemment publiée sur leur propre label, 1700 Classics. Total Baroque Magazine a rencontré le violoniste et directeur Daniel Pinteño, entouré pour cet enregistrement de Fumiko Morie (second violon), Isabel Juárez (alto) et Ester Domingo (violoncelle). De la fabrication concrète du disque à ses modes de financement, en passant par le rôle déterminant des aides publiques et la nouvelle fonction de l’enregistrement à l’heure du streaming, l’entretien éclaire les réalités économiques du secteur aujourd’hui. Autant de pistes qui, en révélant les contraintes actuelles d’un tel projet, en rendent l’écoute d’autant plus précieuse et avertie.

Comment ce projet est-il né ?

Daniel Pinteño : Notre ensemble se consacre à la redécouverte et à la mise en valeur de la musique espagnole des XVIIe et XVIIIe siècles. Nous suivons pour cela deux axes : l’un plus vocal et baroque, l’autre centré sur la musique de chambre, que nous avons abordé avec notre disque de divertimenti de Gaetano Brunetti. L’an dernier, nous avons enregistré ses quatuors opus 3 (1774), il était donc naturel de nous tourner ensuite vers son contemporain Boccherini. Nous avions envie d’enregistrer un opus complet, car malgré son importance, il est en réalité assez difficile de trouver des intégrales de ses œuvres au disque. C’est aussi un clin d’œil à Madrid : cet opus a été composé ici, à Boadilla del Monte, durant la dernière année d’exil intérieur de son mécène, dans un palais fréquenté par Goya et d’autres artistes de premier plan.

Quelles sources avez-vous utilisées ?

D. P. : À ma connaissance, il existe une édition moderne française de la partition, mais nous avons essentiellement travaillé à partir de l’édition originale, publiée à Paris peu après la composition et conservée à la Bibliothèque nationale de France, aujourd’hui accessible en ligne. Boccherini avait un accord avec son employeur, l’infant Luis d’Espagne, qui lui permettait de faire publier sa musique en Autriche et en France afin d’assurer sa diffusion. À cette époque, Boccherini était le compositeur le plus célèbre d’Europe, davantage encore que Haydn. On ne travaillait cependant presque jamais à partir de partitions complètes : les musiciens disposaient surtout de parties séparées, conçues pour l’exécution. Le manuscrit original a peut-être existé sous forme de partition réunissant l’ensemble des voix, mais il n’a pas été retrouvé à ce jour.

Comment décririez-vous cette musique ?

D. P. : Boccherini et Haydn peuvent tous deux être considérés comme des pères du quatuor à cordes, mais leurs approches diffèrent. Là où Haydn privilégie la structure et son développement, Boccherini se rapproche d’un peintre, attentif aux textures et aux couleurs que chaque instrument peut apporter, ce qui me semble particulièrement intéressant. Boccherini était un violoncelliste virtuose, ce qui est assez rare à une époque dominée par les violonistes ou les clavecinistes, et il réserve au violoncelle des moments de premier plan. Il s’agit sans doute d’une musique qu’il jouait lui-même. Ses quatuors se distinguent ainsi de ceux où le premier violon domine : ici, le violoncelle introduit lui aussi le matériau mélodique. L’écriture fonctionne souvent par paires : les deux violons peuvent dialoguer, puis céder la place à l’alto et au violoncelle. Il y a un véritable échange, une conversation entre les instruments. L’auditeur gagnera à être attentif aux couleurs et aux textures que Boccherini déploie, tant elles participent de son approche très personnelle du genre.

© Michal Novak
Angel

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