À l’origine des Barocktage (“Journées baroques”) du Staatsoper Unter den Linden de Berlin, Matthias Schulz poursuit à Zurich une réflexion engagée sur la place de cette musique aujourd’hui. Entre redécouverte de trésors comme Scylla et Glaucus de Jean-Marie Leclair, fidélité aux œuvres phares de Haendel et volonté d’ouvrir le festival à la ville comme aux jeunes publics, il dessine les contours d’un rendez-vous pensé comme une immersion. Un projet qui concentre, dix jours durant avant Pâques, opéras, concerts et formats dédiés aux familles, afin de faire vivre le baroque comme une expérience immédiate, urgente et incarnée, loin de toute approche muséale.
D’où vient votre engagement en tant que directeur général de l’Opéra de Zurich en faveur de la musique ancienne et des opéras baroques ?
Matthias Schulz : Cela est lié aux développements innovants de ces 30 dernières années dans le domaine de la musique baroque. Cette nouvelle sonorité – avec des cordes en boyau, des archets spéciaux, une énergie extrême et sans vibrato – a rendu la musique incroyablement « rock » et intéressante. À cela s’ajoute le nombre impressionnant – au moins 25 000 ! – d’opéras du XVIIIᵉ siècle encore inconnus à nos oreilles. Chaque représentation est un voyage de découverte, tant sur le plan sonore que sur celui des œuvres elles-mêmes. Cela me fascine…
Y a-t-il eu des expériences marquantes dans vos débuts ?
M. S. : Je n’ai vraiment pris contact avec cette musique qu’à travers le Festival de Salzbourg, en particulier lors du projet Mozart22 [présentation intégrale des 22 opéras de Mozart] en 2006. Des pionniers tels que Marc Minkowski ou Nikolaus Harnoncourt ont abordé cette musique non pas de manière académique, mais avec une force physique et émotionnelle. Ces personnalités m’ont profondément impressionné. Le festival baroque de la Pentecôte, qui se déroule également à Salzbourg, a renforcé mon envie de créer moi-même un tel creuset, dans lequel les différentes approches de cette musique deviennent visibles.
Après Salzbourg, vous avez fondé les Barocktage à Berlin et vous lancez maintenant Zürich Barock à Zurich. Quelles idées avez-vous reprises de votre manifestation berlinoise et qu’y a-t-il de nouveau à Zurich ?
M. S. : Les deux salles ont cette intimité particulière avec leurs jauges de 1 100 à 1 300 places. À Zurich, c’est encore plus extrême : on est assis dans une immersion sonore, ce qui convient très bien aux harmoniques si riches de la musique baroque. Pour moi, en tant que programmateur, c’est un cadeau. Le fait que La Scintilla, notre ensemble orchestral résident, puisse développer ce son remonte à une lettre de Nikolaus Harnoncourt – cette volonté est inscrite dans l’ADN de la maison et est unique en Europe !
Mais je tiens à souligner que La Scintilla n’est pas seulement un orchestre qui joue sur des instruments historiques. C’est un ensemble qui développe sa propre programmation. Au fil des ans, ses musiciennes et musiciens ont développé un style qui rend cette musique vivante, et non muséale. Quand on les entend répéter, on sent cette curiosité, cet intérêt pour la recherche. C’est quelque chose de très précieux. Néanmoins, je trouve important d’inviter d’autres orchestres au sein du festival. Ce défi met en évidence la diversité des approches, ce qui, pour moi, va de pair avec l’idée de découverte. Prenez le compositeur Jean-Marie Leclair (1697-1764) : presque personne ne connaît son nom ici, mais son unique opéra, Scylla et Glaucus, est un chef-d’œuvre. La chance de présenter une telle œuvre et de la mettre aux côtés d’œuvres connues, comme Giulio Cesare de Haendel, est une chose qui me passionne totalement. Et nous ne présentons pas seulement Leclair à l’opéra, mais aussi en concert, en tant que musicien de chambre et virtuose du violon. Cela permet de brosser un tableau complet.

Un festival permet également de tisser des liens plus étroits avec la ville et les invités internationaux. Trois opéras, dont deux scéniques, avec des concerts et un programme pour le jeune public, c’est assez unique dans le domaine baroque. L’idée est de pouvoir s’immerger complètement dans cet univers sonore pendant 10 jours, du matin au soir.
Passionné⋅e de musique ancienne et envie de lire cet article réservé aux abonné⋅es ?
Si vous n'êtes pas abonné⋅e, rejoignez la communauté internationale Total Baroque. Abonnez-vous ici à partir de 5,00€.
Je m'abonneSi vous êtes déjà abonné⋅e, connectez-vous.
Je me connecte


Vous devez être connecté pour commenter.
Se connecter