Thomas Dunford, du luth à la baguette

→Luthiste et fondateur de l’ensemble Jupiter, Thomas Dunford a troqué son luth pour un autre instrument : l’orchestre. Il dirige ces jours-ci son premier oratorio, « Theodora » de Haendel, en attendant un prochain opéra.

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Thomas Dunford, du luth à la baguette
Thomas Dunford, chef d'orchestre en répétition à Versailles © Jackie Marchand

Il est l’un des luthistes les plus en vue de ces dernières années. Fondateur et directeur artistique de l’ensemble Jupiter en 2018, Thomas Dunford s’amuse à croiser le répertoire baroque avec la comédie musicale et les créations d’aujourd’hui. En octobre, il s’apprête à diriger son premier oratorio, Theodora de Haendel, et prépare déjà son premier opéra.

La direction d’orchestre a-t-elle toujours été dans un coin de votre tête ? 

Thomas Dunford : Je pense que c’était naturel, ça a été un cheminement progressif pendant de nombreuses années. En tant que luthiste, j’ai joué avec beaucoup d’ensembles et j’ai découvert la direction à travers différentes personnes comme William Christie, John Eliot Gardiner ou Philippe Herreweghe. C’est ce qui m’a donné envie de créer mon propre groupe en dirigeant de l’instrument comme à l’époque de Vivaldi, ça a fonctionné comme ça pendant très longtemps. En 2024, je me suis mis à la direction d’orchestre, à l’occasion d’un projet de comédie musicale nommé Chasing Rainbows que l’on a donné à l’Opéra-Comique, avec Lea Desandre qui chantait des airs de Julie Andrews réarrangés pour orchestre baroque. Ce sont des airs qui demandent une direction : avec Haendel et la musique baroque on peut faire sans, mais dès qu’on a une grande masse comme dans Leonard Bernstein, je me suis rendu compte que j’avais besoin de ça. Je me souviens de la sensation de pouvoir bouger sans m’en rendre compte et que le son qui venait dans mon esprit était en train de se matérialiser magiquement.

« J’ai l’impression que le rôle du chef est de fédérer la conscience de l’orchestre dans un même sens. » Thomas Dunford © Eric Nehr

Vous dirigiez déjà depuis le luth avec l’ensemble Jupiter. La direction d’orchestre ressemble-t-elle à ce que vous imaginiez ?

T. D. : J’avais déjà emmagasiné beaucoup de concepts en travaillant avec un grand nombre de chefs baroques en France et en Angleterre, mais une fois que j’étais face à l’orchestre, mes concepts n’étaient pas si utiles que ça. J’ai l’impression que le rôle du chef est de fédérer la conscience de l’orchestre dans un même sens. C’est vraiment très intuitif, j’essaye différentes choses et je vois ce qui marche ou non. Diriger à la main me fait encore plus prendre conscience de ma corporalité. Pendant des années, je ne me rendais pas compte de l’influence que je pouvais avoir à travers mon corps et à travers le luth. Ça fait gagner du temps en répétition, parce qu’au lieu de trop dire, je peux montrer. Finalement, ce n’est pas si loin de ce que je fais déjà avec Jupiter, il y a simplement cette nouvelle pratique de tout faire passer par les mains.

Angel

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