Le Concert de l’Hostel Dieu, sous la direction de Franck-Emmanuel Comte, s’associe à la soprano Roberta Mameli pour faire revivre des fragments d’opéras italiens baroques inspirés du mythe scandinave de Hamlet. Inédit, leur disque invite à redécouvrir des arias oubliés de Scarlatti, Gasparini, Carcani ou Vignati à travers, notamment, les figures de Veremonda (Ophélie) et Gerilda (Gertrude).
Comment est née l’idée de ce projet ?
Franck-Emmanuel Comte : Je me suis engagé dans une suite d’enregistrements autour d’un chanteur et d’un thème précis développé avec lui, projet devant avoir un caractère très largement inédit. Il y a d’abord eu La Francesina, cette cantatrice française du nom d’Elisabeth Duparc, l’une des dernières muses de Haendel, avec Sophie Junker. Roberta Mameli m’a apporté cette idée de la figure de Hamlet, développée avec le musicologue Paolo Montanari, autour de 4 opéras italiens du début du XVIIIe siècle.
Parlez–nous de la redécouverte de ces opéras ?
F.-E. C. : Quatre compositeurs sur une période de presque quarante ans ont composé des opéras sur le sujet de Hamlet. Mais ces opéras, pour des raisons qui m’échappent, ont tous été perdus. On n’a que des fragments récupérés par le musicologue Paolo Montanari. Le premier Ambleto a été représenté en 1705, avec une musique de Francesco Gasparini et le célèbre castrat Nicolò Grimaldi comme protagoniste. Si le drame se nomme « Ambleto » et non Hamlet, c’est qu’il repose non pas sur Shakespeare, mais sur la source médiévale de ce dernier, les Gesta Danorum, histoire du peuple danois écrite au tournant du XIIIe siècle par Saxo Grammaticus. On y croise le roi Horwendillus assassiné par son frère Fengo, qui épouse sa veuve, Gerutha. Le fils d’Horwendillus, Amlethus, fait semblant d’avoir des troubles mentaux pour sauver sa vie. En 1712, l’opéra réapparaît à Londres au Queen’s Theatre. dans une version « pastichée » de l’original de Gasparini, avec seulement 26 des 41 airs originaux du compositeur. Un livret avec traduction en anglais et la partition de la quasi-totalité des airs sont publiés à cette occasion. Après un autre Ambleto des compositeurs Vignati, Baliani et Cozzi à Milan en 1719, perdu, pendant vingt-deux ans personne ne s’est intéressé à ce livret jusqu’à ce qu’une nouvelle version par Giuseppe Carcani ne soit montée au Teatro Sant’Angelo de Venise en 1741.
Quelles ont été les difficultés face à la redécouverte de ces pièces ?
F.-E. C. : Tout d’abord, les manuscrits étaient assez approximatifs, comportant de nombreuses erreurs de copie, rendant la reconstitution complexe. Par ailleurs, confronté à des œuvres de périodes différentes –les 4 opéras ont été donnés entre 1712 et 1741–, il était difficile d’avoir un choix interprétatif cohérent. Nous avons donc choisi de prendre appui sur les livrets et les personnages, notamment les figures féminines –ces dernières étant beaucoup plus fortes dans ces versions italiennes que dans celle de Shakespeare !
Pourquoi avoir choisi le titre anglais de « The Ghosts of Hamlet » ?
F.-E. C. : Le projet, réunissant des arias inédits autour de quatre versions d’Ambleto, s’il nous a immédiatement convaincu avec Roberta Mameli, a eu un écho plus international avec le nom de Hamlet. A cause de la renommée de Shakespeare bien sûr ! D’où le titre anglais de l’album. Il a également permis une tournée nord-américaine de 5 dates en ce mois de mars 2025. Et nous prévoyons une version opératique en 2025 avec le metteur en scène Pierre-Emmanuel Rousseau.



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