À l’heure où la musique ancienne se réinvente autant qu’elle se fragilise, Sylvain Sartre fait partie de ces artistes qui refusent de séparer l’interprétation, la transmission, la diffusion et l’action territoriale. Fondateur et directeur musical des Ombres avec Margaux Blanchard, responsable du Jeune Orchestre Baroque Européen (JOBE), enseignant au Conservatoire de Perpignan, directeur artistique des rendez-vous portés par l’association Muses en Dialogue en Occitanie, il déploie dans le sud de la France un véritable écosystème musical, où se croisent jeunes talents, artistes confirmés, projets de territoire et nouvelles formes de médiation. À Maguelone, Uzès, Montpellier, Perpignan ou dans le Pic Saint-Loup, il défend une même ligne : faire de la musique ancienne un art vivant, ouvert aux circulations entre les répertoires, les générations et les publics. Dans un contexte économique et politique de plus en plus tendu pour les ensembles indépendants, il revient ici sur ses choix, ses combats, ses espoirs et ses inquiétudes, avec la lucidité de ceux qui savent combien, aujourd’hui, créer suppose aussi de durer.
Comment vous définiriez-vous aujourd’hui, entre vos différentes activités ? Pourrait-on parler d’« entrepreneur culturel » ?
Sylvain Sartre : Je dirais plutôt : musicien d’aujourd’hui. En 2026, être musicien, ce n’est plus seulement interpréter. On est amené à s’épanouir dans plusieurs champs qui relèvent tous, au fond, du même métier. En ce qui me concerne, il y a d’abord l’enseignement, puisque je suis professeur au Conservatoire de Perpignan : la transmission fait pleinement partie de mon identité. Il y a évidemment la carrière de musicien, comme flûtiste, comme chef, avec Les Ombres ou au sein d’autres ensembles selon les projets. Il y a aussi le Jeune Orchestre Baroque Européen, qui est à la croisée des chemins : c’est à la fois de la transmission et une prolongation très directe de mon travail de directeur musical. Et puis il y a la partie festival, au sein de Muses en Dialogue, qui relève davantage de la diffusion. Finalement, tout cela forme une boucle. On est musicien, bien sûr, mais on développe aussi des actions sur le territoire où l’on vit. Pour moi, c’est l’Occitanie. Oui, cela fait beaucoup de choses, mais ce sont des activités qui se complètent et qui ont du sens les unes par rapport aux autres.
Vous faites souvent référence au « territoire ». Entre Montpellier, Perpignan, Maguelone, le Pic Saint-Loup, Uzès, on sent une cohérence géographique forte. Est-ce un choix délibéré ?
S. S. : Oui, clairement. Quand nous sommes arrivés avec Les Ombres à Montpellier en 2013, c’était déjà un geste cohérent. Avec Margaux Blanchard, nous avions créé l’ensemble pendant nos études à Bâle, puis nous avons bénéficié d’une belle résidence à l’Opéra de Saint-Étienne pendant trois ans. Mais pour moi, il était important que notre démarche s’inscrive quelque part de façon organique. Je suis originaire d’Occitanie, j’avais donc des attaches dans la région. Il ne s’agissait pas d’un parachutage. Nous avons choisi Montpellier parce que cela correspondait à la dynamique culturelle d’une grande ville étudiante. À ce moment-là, il n’y avait pas vraiment de structure implantée sur le territoire pour défendre nos esthétiques. Ensuite, les choses se sont faites assez naturellement. Pendant notre résidence à l’Opéra de Montpellier, nous avons développé beaucoup de projets d’éducation artistique et culturelle avec Les Ombres, dans l’Hérault, le Gard, les Pyrénées-Orientales. Puis je me suis réinstallé à Perpignan il y a six ans, j’ai intégré le conservatoire, et le reste a suivi. La résidence du Jeune Orchestre Baroque Européen à Uzès est venue assez naturellement, du fait de notre implantation et de cette envie d’initier des choses dans notre région. Pour l’association Muses en Dialogue, il y a aussi une logique semblable. Philippe Leclant, fondateur du Festival de musique ancienne à Maguelone, réfléchissait depuis un moment à une transmission, à un relais, pour préparer l’avenir avec intelligence. Il souhaitait quelqu’un qui soit du territoire, qui connaisse les enjeux culturels et politiques locaux. C’est dans ce contexte qu’il m’a sollicité. Bien sûr, cela dessine un grand bassin, et du Gard à Perpignan, ce n’est pas rien ! Mais les actions de Muses en Dialogue sont réparties sur des temps ponctuels : fin mars pour les Journées européennes de musique ancienne, début juin pour le Festival de musique ancienne à Maguelone, octobre pour le Festival du Pic Saint-Loup.
Passionné⋅e de musique ancienne et envie de lire cet article réservé aux abonné⋅es ?
Si vous n'êtes pas abonné⋅e, rejoignez la communauté internationale Total Baroque. Abonnez-vous ici à partir de 5,00€.
Je m'abonneSi vous êtes déjà abonné⋅e, connectez-vous.
Je me connecte



Vous devez être connecté pour commenter.
Se connecter