Journal d’un médecin sopraniste (1/3)

Philipp Mathmann : quand la voix ne répond plus

→Il se produit sur les grandes scènes d’opéra et de concert du monde entier, mais mène parallèlement une autre carrière tout aussi exigeante : celle de médecin. Le sopraniste et contre-ténor Philipp Mathmann livre ici un témoignage profondément personnel sur son quotidien.

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Philipp Mathmann : quand la voix ne répond plus
"Après une infection, une voix ressemble à un animal qui doit réapprendre la confiance." © Paul Metzdorf

Une vie de chanteur n’a rien d’un long fleuve tranquille : apprendre les partitions, répéter, voyager, répéter encore, donner des concerts, enregistrer… tout en restant, si possible, en bonne santé et en entretenant sa voix. Mais le sopraniste et contre-ténor Philipp Mathmann va plus loin : en plus de sa carrière de chanteur, il exerce comme médecin-chef en phoniatrie et en audiologie pédiatrique au CHU de Münster, dans le Nord de l’Allemagne. Il enseigne, s’engage politiquement, a fondé une famille et élève deux enfants. Dans ce journal, il partage la manière dont il assume toutes ces vies, sur scène comme dans la réalité, comment elles s’accordent ou se heurtent, ce qu’elles exigent de lui, et ce qu’elles lui apportent en retour.

15-21 septembre – La mer, le calme… et les premiers picotements

Tout était pourtant parfait. En septembre, la Costa Blanca espagnole se montrait sous son meilleur jour : un air doux, une lumière matinale qui se posait sur la côte comme une couverture, une mer paisible dont la seule présence semblait apaiser la respiration. Je n’aime pas la paella, mais le choix de cette région était idyllique. J’avais décidé d’utiliser ces jours non seulement comme des vacances, mais aussi comme un temps de préparation consciente. Le séjour avait été prévu de longue date pour une célébration familiale, et nous étions réunis en grande famille.

Le plan était simple : soleil, sommeil, bonne chère, moments en famille et aucun rendez-vous. Mais je tenais aussi à mes séances quotidiennes de travail vocal, pendant que les autres se prélassaient déjà sur la plage. La voix est un instrument qui exige un entretien constant, et chaque matin, dans notre finca ensoleillée, je m’y consacrais : réveiller la musculature, ouvrir les espaces de résonance, explorer le nouveau répertoire, tandis qu’à l’extérieur claquaient les sandales sur la pierre chaude. Une heure plus tard, je me sentais à la fois ancré et prêt pour la suite.

Et puis, le dernier jour, ce léger picotement dans la gorge. Discret d’abord, puis plus insistant. En une nuit, il se transforma en brûlure. Durant le vol de retour, il évolua en un véritable rhume, avec atteinte du larynx. Ni en tant que chanteur ni en tant que médecin on ne choisit ces moments-là : cela arrive à tout le monde, une ou deux fois par an. C’est ainsi. Nous restons humains.

Angel

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