En 2019, l’ensemble Pygmalion, sous la direction de son chef Raphaël Pichon, interprétait l’intégralité des Grands Motets de Jean-Sébastien Bach, ponctués de pièces Renaissance tirées du Florilegium Portense. Dans ce dialogue entre l’œuvre du cantor de Leipzig et celle de compositeurs allemands, italiens ou encore hollandais, ce programme illustre la grande variété et la richesse du répertoire choral des XVIe et XVIIe siècle.
Tradition luthérienne, innovation italienne
Composés dans les premières années du compositeur à Leipzig, entre 1723 et 1731, les motets de Jean-Sébastien Bach occupent une place importante dans le répertoire choral malgré leur nombre réduit. De par leur forme, ils s’inscrivent également dans une tradition propre à la famille Bach depuis des générations. En qualité de maître de chapelle à l’Église Saint Thomas, Bach est chargé de composer pour les funérailles et les offices commémoratifs, et c’est au genre du motet que revient cette fonction dans la liturgie luthérienne.
Mais la tradition s’accompagne d’innovation : Bach renouvelle le genre en faisant coexister d’un côté les règles formelles établies par Josquin Des Prés au XVIe siècle (imitation, chant en homophonie), et de l’autre des emprunts à la tradition italienne avec l’emploi du double chœur et l’insertion de madrigalismes pour traduire musicalement certains mots du texte. De la ferveur contenue et émouvante de Komm, Jesu, komm et du très connu Jesu, meine Freude à la richesse éclatante de Singet dem Herrn, ces chefs-d’œuvres brillent par leur subtilité et leurs contrastes, et entrent en résonance avec le corpus Renaissance du Florilegium Portense.
Ce recueil de pièces rassemblées par le cantor Erhard Bodenschatz est l’une des sources les plus considérables d’hymnes et de motets des XVIe et XVIIe siècle, avec des œuvres de compositeurs catholiques allemands, italiens, bourguignons ou encore hollandais, révélant la richesse foisonnante du répertoire choral à travers l’Europe.
Un ensemble entre historicité et originalité
Fondé en 2006 par Raphaël Pichon, l’ensemble Pygmalion s’est imposé comme une référence dans l’interprétation historiquement informée des répertoires baroque, classique, romantique ou encore contemporain, autant d’époques dont il explore les filiations, de Bach à Mendelssohn, de Rameau à Gluck et Berlioz. Leur consécration musicale arrive en 2014 avec l’interprétation de la Köthener Trauermusik (BWV 244a), qui sera récompensée dans la catégorie « Meilleur enregistrement » aux Victoires de la musique classique 2015.
Dès lors, l’ensemble se produira régulièrement sur les grandes scènes françaises et internationales, et son chef sera sollicité par de nombreux ensembles comme chef invité, tels la Handel and Haydn Society de Boston, l’Orchestra of St. Luke’s au Carnegie Hall ou encore le Freiburger Barockorchester. Au cœur du projet de l’ensemble : l’interaction entre chœur et orchestre, mais aussi une attention particulière portée à la dramaturgie, et la multiplication d’approches originales : ainsi en 2020, en pleine crise sanitaire, Pygmalion lance le festival Pulsations à Bordeaux, qui réinvestit des lieux insolites (base sous-marine, usine désaffectée, centre commercial…) pour y programmer des concerts et des opéras, comme pour transmettre autrement le patrimoine musical classique.
Le Programme
🎼 Jean-Sébastien Bach (1685-1750) :
Singet dem Herrn ein neues Lied, BWV 225
Der Geist hilft unser Schwachheit auf, BWV 226
Jesu, meine Freude, BWV 227
Komm, Jesu, Komm, BWV 229
Fürchte dich nicht, ich bin bei dir, BWV 228
Lobet den Herrn, alle Heiden, BWV 230
🎼 Giovanni Gabrielli (1557-1612) :
Jubilate Deo
🎼 Jacobus Gallus (1550-1591)
Ecce, quomodo moritur iustus
🎼 Vincenzo Bertolusi (ca. 1550-1608)
Osculetur me
🎼 Hieronymus Praetorius (1560-1629)
Tulerunt Dominum meum
Ensemble : Pygmalion
Direction musicale et chef de chœur : Raphaël Pichon
A l’abbatiale d’Ambronay, en 2019.

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