Création d’opéra

Hildegard von Bingen, de la vallée du Rhin aux États-Unis

→De la mystique médiévale à l’opéra contemporain, Hildegard von Bingen n’a cessé de fasciner. Avec « Hildegard », sa première œuvre lyrique, la compositrice américaine Sarah Kirkland Snider fait dialoguer visions, maladie, foi, désir et création, pour faire revivre l’une des figures les plus singulières du Moyen Âge européen, dans un ouvrage qui sera donné le 31 juillet prochain à l’Aspen Music Festival, dans le Colorado.

loveArticle réservé aux abonnés
Hildegard von Bingen, de la vallée du Rhin aux États-Unis
Chloë Engel dans le rôle de la Femme sans visage. © Angel Origgi

Une fascination, voire un véritable engouement, s’est développée autour de Hildegard von Bingen, considérée comme l’une des premières compositrices dont le nom soit parvenu jusqu’à nous, contrairement à la quasi-totalité de ses contemporains du haut Moyen Âge, restés anonymes. Sa redécouverte moderne doit beaucoup au disque – notamment à l’album devenu emblématique A Feather on the Breath of God de Gothic Voices –, mais aussi aux célébrations de son 900e anniversaire en Allemagne en 1998, à l’ouverture d’un musée qui lui est consacré à Bingen cette même année, au film Vision de Margarethe von Trotta en 2009 et à sa proclamation comme Docteur de l’Église par le pape en 2012. Aujourd’hui perçue comme une sorte de protoféministe, des siècles avant la naissance de Monique Wittig, Alice Schwarzer ou Gloria Steinem, l’abbesse bénédictine allemande fut aussi mystique, écrivaine, philosophe, théologienne et scientifique. Dernière création en date à rejoindre la longue liste de livres, pièces de théâtre, documentaires et œuvres musicales consacrés à cette polymathe médiévale, Hildegard est le premier opéra de Sarah Kirkland Snider. La musique de cette compositrice reconnue de 52 ans a été interprétée par un large éventail d’artistes et d’ensembles de premier plan, de la soprano Renée Fleming au Quatuor Emerson, en passant par le New York Philharmonic et le Philharmonia Orchestra de Londres.

De la crainte au succès

« Certaines personnes contestent le fait qu’on puisse ou non la qualifier de féministe, explique Snider, mais je pense que, rien qu’en affirmant son droit à avoir une voix, à écrire et à composer, elle a accompli quelque chose d’incroyablement audacieux, fort et courageux. Pour moi, cela lui donne pleinement droit au statut d’héroïne féministe. »

Hildegard a été commandé conjointement par la Beth Morrison Projects, organisation consacrée au développement de nouveaux opéras, et par l’Aspen Music Festival, dans le Colorado, où l’ouvrage sera présenté pour la troisième fois le 31 juillet. Le Los Angeles Opera en a assuré la création en novembre 2025, avant une reprise en janvier au Prototype Festival de New York.

La compositrice craignait que, si son premier opéra se soldait par un échec, elle n’ait pas droit à une seconde chance. « Je ressentais une pression, une peur et une anxiété énormes : est-ce que je faisais les choses comme il fallait ? comment tout cela allait-il aboutir ? », confie-t-elle. Elle n’avait pourtant pas à s’inquiéter. Hildegard peut déjà être considéré comme un succès important, les représentations de New York et de Los Angeles ayant suscité de nombreux éloges critiques.

« Snider aborde les thèmes du féminisme, de la honte, de la violence sexuelle, de la maladie chronique, de la foi, de l’érotisme et du pouvoir réparateur de l’art, mais jamais de manière pesante ni trop explicite », a écrit le critique musical Joshua Barone dans le New York Times. « Elle a accompli une merveille d’une grâce abondante, une œuvre d’une résonance naturelle, presque bouleversante. »

De gauche à droite : David Adam Moore en abbé Cuno, Blythe Gaissert en Clementia, Nola Richardson en Hildegard von Bingen, Raha Mirzadegan en Gerta et Mikaela Bennett en Richardis von Stade © Angel Origgi

À ces éloges s’ajoute le choix de la Music Critics Association of North America, qui a décerné à l’ouvrage son Award for Best New Opera 2026 (« Prix du meilleure nouvel opéra »), rejoignant ainsi des lauréats précédents tels que Breaking the Waves de Missy Mazzoli ou Blue de Jeanine Tesori. « Malgré la taille réduite de l’ensemble instrumental, l’écriture déploie une remarquable richesse de timbres ; d’un bout à l’autre de l’opéra, son éclat musical révèle le lien viscéral qui unit Hildegard au divin. », a déclaré le comité des prix de l’association dans un communiqué.

Angel

Passionné⋅e de musique ancienne et envie de lire cet article réservé aux abonné⋅es ?

Si vous n'êtes pas abonné⋅e, rejoignez la communauté internationale Total Baroque. Abonnez-vous ici à partir de 5,00€.

Je m'abonne

Si vous êtes déjà abonné⋅e, connectez-vous.

Je me connecte