Fondé par le luthiste Michele Pasotti en 2006, l’ensemble italien La fonte musica est devenu une référence en matière d’interprétation de l’Ars Nova, cet épanouissement artistique qui, au XIVe siècle, des années 1320 à 1377, a révolutionné la notation et la polyphonie, avant de concentrer son attention sur Monteverdi, en créant des programmes musicaux originaux et innovants dans le respect absolu de la pratique musicale historiquement éclairée. Et jusqu’à Steve Reich, dont La fonte musica a proposé une interprétation de l’œuvre « Proverb » au Festival d’Utrecht 2026. Pour Michele Pasotti, il est très important que la musique coule librement ; d’ailleurs, le nom du groupe suggère l’idée de remonter à la source, à l’origine de la musique, en créant un lien aussi direct que possible entre le présent et le langage sonore du passé, donnant l’impression que les musiciens de la fin du Moyen Âge, de l’Humanisme et de la Renaissance sont nos contemporains.
Comment et quand avez-vous décidé de créer votre ensemble La fonte musica, qui fête cette année ses vingt ans d’activité ?
Michele Pasotti : Je venais tout juste d’obtenir mon diplôme de luth auprès de Massimo Lonardi, qui a été mon professeur à Milan et un grand interprète passionné de musique de la Renaissance. Mais je n’avais pas exploré avec lui ce qui existait avant la Renaissance. C’est pour cette raison que je me suis inscrit aux cours de Diego Fratelli à la Civica Scuola di Musica de Milan et surtout à ceux de Kees Boeke, une figure légendaire qui, selon moi, mérite une place parmi les grands pionniers de la musique ancienne, notamment grâce à son trio de flûtes du début des années 70, Sour Cream, créé avec Frans Brüggen et Walter Van Hauwe. Ils ont vraiment fait des choses révolutionnaires pour l’époque et, parmi celles-ci, il y avait beaucoup d’Ars Nova tardive, qualifiée d’Ars Subtilior en raison de son caractère sophistiqué, qui est mon premier amour. C’est cela qui m’a poussé à chercher des compagnons avec qui jouer cette musique pour créer l’ensemble…
Cette Ars Subtilior, qui, entre 1380 et 1420 environ, a poussé les limites jusqu’à l’abstraction, annonçant la Renaissance musicale. Pour vous, les deux courants, Ars Nova et Ars Subtilior, marquent une transition vers la musique de la Renaissance, aussi bien en France qu’en Italie, avec une complexité croissante et une ouverture du sacré vers le profane.
M. P. : Oui, la fin du XIVe, le début du XVe siècle, et en particulier l’Ars Nova italienne, car bien sûr, étant italien, je ressentais une familiarité et un naturel vis-à-vis de ce répertoire, mais aussi parce qu’il s’agit de vers en français ; ce n’est donc pas une question de langue, mais de la manière de mettre un texte en musique. Comme je le disais, le noyau initial de notre groupe s’est formé autour des cours de Diego Fratelli et de Kees Boeke. J’y avais d’ailleurs déjà rencontré Mauro Borgioni, qui fréquentait la Civica Scuola di Musica de Milan lui aussi. Nous avons commencé à quatre sous un nom légèrement différent, qui est devenu définitivement La fonte musica en 2006, soit il y a exactement vingt ans, avec Gianluca Ferrarini, Efix Puleo, Francesca Cassinari et Alena Dantcheva, qui sont toujours des collaborateurs assidus du groupe. Au fil du temps, Federica Bianchi, Teodoro Bau, puis Massimo Altieri et à nouveau Mauro Borgioni nous ont rejoints, et c’est là le noyau principal de l’ensemble aujourd’hui.

Passionné⋅e de musique ancienne et envie de lire cet article réservé aux abonné⋅es ?
Si vous n'êtes pas abonné⋅e, rejoignez la communauté internationale Total Baroque. Abonnez-vous ici à partir de 5,00€.
Je m'abonneSi vous êtes déjà abonné⋅e, connectez-vous.
Je me connecte


Vous devez être connecté pour commenter.
Se connecter