Claveciniste formé auprès de Pierre Hantaï et Christophe Rousset, Bertrand Cuiller fonde en 2013 Le Caravansérail, un ensemble à géométrie variable qui lui ressemble : collectif, souple et aventureux. Avec son dernier disque consacré aux concertos pour trois et quatre clavecins de Bach, il célèbre aujourd’hui dix années d’explorations artistiques, entre fidélité au répertoire baroque et ouverture à des projets inédits. Pour Total baroque Magazine, il revient sur cette décennie d’aventures partagées : une conversation vive, où se mêlent passion, humour et quête de fraîcheur musicale.
Dix ans après le début de cette aventure avec le Caravansérail, quel bilan faites-vous ?
Bertrand Cuiller : Honnêtement, j’ai l’impression d’être seulement en train de commencer l’aventure. Dix ans, ça n’est vraiment rien ! Je pense que c’est notamment dû au fait que la conjoncture économique et politique n’arrête pas d’évoluer. Il me semble être continuellement dans un début, comme si nous étions toujours obligés de nous réinventer. Par exemple, quel sens devons-nous donner à l’ensemble, quels projets particuliers avons-nous envie de défendre ? Or, quand j’ai fondé le Caravansérail, je ne partais pas avec une idée véritablement précise en tête. Je savais que je ne voulais plus jouer dans d’autres ensembles mais faire des projets à ma manière, avec les musiciens de mon choix. Je ne cherchais pas un répertoire en particulier. C’était d’ailleurs un peu difficile à défendre au début, car je ne pouvais pas dire exactement ce qu’était le Caravansérail. En effet, ce n’est pas tant un ensemble qu’un projet personnel invitant d’autres musiciens à se regrouper autour de répertoires qui vont changer sans cesse.

Pourquoi ce nom ?
B. C. : Il représente ce que je voulais faire avec l’ensemble : accueillir les musiciens sans réellement savoir ce qui va advenir. Ils ramènent avec eux un bagage et une histoire qui leur sont propres dans un lieu donné, pendant un temps donné où a lieu quelque chose, après quoi chacun repart sur sa route. C’est le principe du caravansérail où toute une variété de gens arrivait dans ce palais pour des semaines, des mois et vivaient ensemble, après quoi chacun reprenait sa route. Les musiciens freelances, c’est un peu ça : nous allons dans des genres de caravansérail pendant quelques jours. Parfois c’est bien, parfois c’est moins bien. Parfois nous vivons des aventures humaines très fortes. J’essaie de créer cet espace en réfléchissant à tous les paramètres pour créer de beaux moments.
Des moments particuliers qui vous ont marqué ces dix dernières années ?
B. C. : Il y a plusieurs programmes que j’ai adorés, comme le Stabat Mater de Scarlatti qu’on continue de vendre depuis quatre ans. A Fancy, autour des scènes de théâtre londoniennes du XVIIe siècle, est aussi un de nos programmes phares. Mais celui que, peut-être, je préfère, c’est celui des concertos à plusieurs clavecins de Bach. D’autant plus qu’en réunissant autant de clavecinistes, on retrouve un côté humain qui est extrêmement important pour moi. Nous sommes amis, mais nous n’avons pas toujours l’occasion de nous voir, à part pour boire des coups ! Et se retrouver pour jouer, pour partager avec des musiciens que l’on admire, que l’on respecte, ce sont d’autant plus de moments formidables. Lorsque nous nous retrouvons tous pour les concertos, nous sommes très heureux. Nous écoutons et quand nous ne jouons pas, nous écoutons les autres, nous pouvons participer, nous sommes une équipe soudée. De plus, j’apprends énormément d’eux.
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