Il assure la direction musicale de La Calisto de Francesco Cavalli, nouvelle production du Festival lyrique d’Aix-en-Provence ces jours-ci. Le claveciniste et chef Sébastien Daucé nous explique le travail qu’il a mené durant deux ans pour cette œuvre qui le touche particulièrement. Comment, avec les musiciens de l’Ensemble Correspondances et dix chanteurs, « réimaginer puis façonner un son qui s’est évaporé pour toujours » au XVIIᵉ siècle ?
Quel a été le point de départ de cette aventure, La Calisto de Francesco Cavalli au Théâtre de l’Archevêché ?
Sébastien Daucé : Au Festival d’Aix-en-Provence 2021, nous avions joué Combattimento, la théorie du cygne noir — Monteverdi Rossi, Cavalli — au Théâtre du Jeu de Paume. Cela a plu à Pierre Audi, qui a souhaité monter un second projet avec nous. Je lui ai immédiatement proposé La Calisto de Cavalli. Je l’imaginais dans ce petit écrin du Jeu de Paume, qui ressemble au théâtre vénitien de sa création, avec une jauge identique. Il y a quelques mois, une des grandes décisions de Pierre a été : cette œuvre mérite l’Archevêché.
On en revient à Pierre Audi, donc, décédé brutalement début mai de cette année…
S.D. : Pierre Audi était un personnage d’une grande intensité. Il avait cette qualité d’accorder sa confiance très intuitivement, très viscéralement. Le premier projet était né de notre rencontre en 2019. J’ai été très impressionné de me retrouver face à lui. Nous n’avons fait que deux projets ensemble, mais chaque projet était un immense pari. C’était un challenger, capable d’être extrêmement fidèle dans ses choix. La Calisto au Théâtre de l’Archevêché ne m’a pas paru une évidence quand il me l’a annoncé. Maintenant, je suis hyper convaincu et hyper content qu’il ait fait ce choix complètement dingue. Voilà, je le remercie à travers les nuages de m’avoir embarqué là-dedans.

Que représente La Calisto pour vous ?
S.D. : C’est le titre que j’ai le plus écouté, et que j’aime viscéralement. J’avais envie de reprendre l’édition de A à Z : il n’y a qu’une seule source musicale. J’ai travaillé longtemps sur mon ordinateur avec la partition numérisée. En toute fin, il y a trois mois, j’ai fait le voyage à Venise pour voir l’objet physique. Cette partition est dans un état de conservation magnifique à la bibliothèque Marciana, place Saint-Marc. On y voit la main de l’épouse de Cavalli, de son assistant, et de lui-même. Les différentes écritures se superposent. On voit toutes les strates : les coups de crayon rouge pour les changements de dernière minute, les petites modifications de texte, une correction de chiffrage… On apprend plein de choses aussi sur la manière dont elle a probablement été jouée en 1651.
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