Leonardo García-Alarcón : “La danse renouvelle le discours baroque”

→Et si la danse permettait d’entendre autrement la musique baroque ? C’est le pari artistique proposé par Leonardo García-Alarcón qui, le temps d’un entretien, revient sur ce dialogue entre musique, corps et spectacle vivant.

Leonardo García-Alarcón : “La danse renouvelle le discours baroque”
© 2022, François de Maleissye

Arte diffuse ces jours-ci une version de la Passion selon Saint Jean de Jean-Sébastien Bach, chorégraphiée par Sasha Waltz et dirigée par le chef Leonardo García-Alarcón. Créée en 2024 à Salzbourg et à l’Opéra de Dijon, cette Passion est la deuxième collaboration entre la chorégraphe allemande et le chef argentin, qui prépare actuellement un nouveau spectacle avec la chorégraphe Bintou Dembélé autour des Indes galantes de Rameau. Une rencontre pour évoquer le dialogue entre musique baroque et danse contemporaine.

Vous aviez déjà collaboré avec Sasha Waltz sur L’Orfeo de Monteverdi en 2018. Comment est née l’idée d’associer danse et musique baroque ? 

Leonardo García-Alarcón : C’est le Freiburger Barockorchester qui m’a invité, en 2018, à diriger L’Orfeo de Monteverdi dans une chorégraphie de Sasha Waltz à la Staatsoper de Berlin. Ce fut pour moi une révélation. J’avais déjà dirigé L’Orfeo à de nombreuses reprises depuis les années 2000, notamment au Teatro Colón de Buenos Aires avec Gabriel Garrido, ou encore à Paris, au Festival de Saint-Denis, dans une mise en scène de Jean Bellorini. Mais ce que Sasha a proposé à Berlin, c’était tout autre chose. Elle a su intégrer la danse au cœur même du drame musical, en osant par exemple des silences dansés — je pense notamment à l’inoubliable « rapt de Proserpine », sans aucune musique. Ces moments resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Ce fut un coup de foudre artistique. Par ailleurs, la danse est depuis toujours très présente dans ma vie : ma sœur est danseuse étoile, et grâce à elle, je suis devenu un véritable amateur, voire un connaisseur de danse classique. C’est un art dont j’ai besoin pour aller plus loin dans l’expression musicale de mes émotions. 

Comment avez-vous abordé L’Orfeo avec les musiciens ? Quelles questions se sont posées durant votre travail ? 

L. G.-A. : Il m’a paru immédiatement évident que L’Orfeo devait pouvoir « danser » — au sens propre comme au figuré. Monteverdi a d’ailleurs clairement indiqué les passages destinés à la danse, notamment lors du mariage, ou dans les scènes infernales et de lamentations. Mais le défi principal était logistique et spatial : je dirigeais tantôt côté cour, tantôt côté jardin, car les musiciens étaient répartis sur les deux côtés de la scène. Initialement, un autre chef dirigeait tout depuis la fosse, mais cela ne me semblait pas naturel. J’ai donc pris le parti de jouer les noces côté jardin, et les lamentations et la descente aux enfers depuis l’orgue côté cour. Un autre défi important a été d’appréhender les tempi imaginés par Sasha Waltz, car mes tempi étaient tout à fait différents de ceux qu’elle avait travaillés avec un autre chef… C’est cette divergence qui, tout en me stimulant, m’a donné envie de créer une œuvre en collaboration étroite. 

Angel

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