InAlto & Lambert Colson

Monteverdi: Vespro della beata Vergine

→À force d’être jouées, enregistrées et réinterprétées, les Vêpres de Monteverdi ont accumulé quatre siècles de traditions qui ont peu à peu transformé leur visage. Avec InAlto, Lambert Colson choisit de remonter en amont de cette histoire : des antiennes spécifiques, un effectif resserré et le retour à la pulsation inscrite dans la partition servent à reconstruire, de manière informée, un office de l’Assomption dans le contexte de 1610.

Monteverdi: Vespro della beata Vergine
© Ricercar / Outhere

Avec ce projet discographique, paru en 2026 chez Ricercar, Lambert Colson et InAlto proposent une nouvelle lecture des célèbres Vêpres de la Vierge (1610) de Monteverdi. Enregistré du 14 au 19 septembre 2025 dans la basilique palatine Santa Barbara de Mantoue, le double album réunit chanteurs et instrumentistes d’InAlto, auxquels se joint la Cappella di San Petronio de Bologne, dirigée par Michele Vannelli, pour le plain-chant. Avec un chanteur par partie, un instrumentarium resserré et l’orgue historique construit par Graziadio Antegnati en 1565, Lambert Colson dirige l’ensemble depuis son cornet.

Revenir à Mantoue

Les Vêpres réunies dans le recueil que Monteverdi fait paraître à Venise en 1610 ne constituent pas un programme de concert entièrement fixé comme on l’entend aujourd’hui. Elles réunissent les grandes pièces nécessaires à un office consacré à la Vierge – cinq psaumes, une hymne, un Magnificat – auxquelles s’ajoutent des motets, mais les antiennes grégoriennes qui encadraient les psaumes dépendaient de la fête mariale célébrée. Autrement dit, pour faire entendre les Vêpres dans leur logique liturgique, il faut encore décider quel office on cherche à reconstituer.

C’est ce choix à rebours que Lambert Colson place au cœur de son enregistrement. Il opte pour l’Assomption de la Vierge et va chercher les antiennes correspondantes dans un antiphonaire et un bréviaire de la fin du XVIe siècle conservés à Mantoue, ville où Monteverdi travaillait lorsqu’il fit paraître le recueil. Le cornettiste complète ensuite l’office par une Toccata de Merulo, conformément à une pratique décrite par Banchieri, puis par une Canzon de Gabrieli et un Salve Regina de Palestrina.

Changer d’échelle

Cette recherche transforme aussi la sonorité des Vêpres. Plutôt que les grands effectifs auxquels l’œuvre a souvent été associée, InAlto adopte une formation beaucoup plus resserrée, conformément à l’indication de Monteverdi selon laquelle sa musique pouvait convenir aux chapelles ou aux chambres princières. L’enregistrement retrouve en outre la basilique Santa Barbara et son orgue Antegnati de 1565, restauré avec son diapason et son tempérament historiques.

Colson revient également à la manière dont les musiciens du temps de Monteverdi pensaient la pulsation et les rapports de durée. Ce travail sur le tactus (la pulsation de référence qui organise la musique) permet de préserver les relations entre les différentes sections plutôt que de traiter chaque changement comme un nouveau tempo indépendant. Loin d’être un détail savant, cette continuité donne à l’ensemble une respiration et une architecture très particulières.

Plus proche, sans être moins spectaculaire

La réduction des effectifs fait aussi ressortir le sens des textes. Dans Duo Seraphim, deux voix évoquant les deux séraphins deviennent trois lorsque surgit la Trinité ; dans Audi coelum, un second ténor répond au premier comme un écho venu du ciel. On entend ainsi plus nettement comment Monteverdi utilise les voix, les instruments et l’espace pour transformer la liturgie en véritable action musicale.

La force de cette version est surtout de transformer toute cette recherche historique en une musique immédiatement vivante. InAlto obtient une remarquable transparence : les voix restent nettement individualisées, les instruments conservent leur couleur propre et l’ensemble respire avec une grande souplesse. Les cornets et trombones apportent éclat et relief sans alourdir la texture, tandis que les voix solistes restent très présentes, avec une articulation et une expressivité qui ne se dissolvent jamais dans l’ensemble. Une lecture à la fois savante et très incarnée, où l’intimité retrouvée de l’œuvre ne lui retire rien de sa splendeur.