Pour célébrer les vingt ans de son ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon ne choisit ni la rétrospective ni la simple commémoration, mais une plongée vivante dans les origines mêmes de son univers musical : celles de Jean-Sébastien Bach. En reprenant la route mythique empruntée par le jeune compositeur en 1705 vers Dieterich Buxtehude, le chef engage ses musiciens dans une expérience immersive où la marche, les lieux et les sons deviennent indissociables. De Wolfenbüttel à Lübeck, dans le Nord de l’Allemagne, en passant par Lunebourg, le projet dessine une cartographie des influences germaniques et italiennes qui irriguent l’œuvre de Bach, de Claudio Monteverdi à Heinrich Schütz. Après un premier voyage en 2024, ce deuxième périple poursuit la redécouverte du patrimoine, l’exploration de répertoires méconnus et la confrontation physique à l’effort du voyage. Ces Chemins de Bach 2026 se révèlent également quête artistique et réflexion sur la transmission. À l’heure où la musique ancienne est devenue un langage partagé, Pichon interroge son héritage et ses futurs possibles.
Vous avez parcouru la Thuringe sur les traces du jeune Bach en 2024, et vous repartez cette année pour Wolfenbüttel, Lunebourg et Lübeck. Pourquoi ce trajet précis, qui fait une part belle aux grandes étapes de celui que Bach fit lui‑même en 1705 ?
Raphaël Pichon : C’est assez simple. Nous fêtons cette année nos 20 ans – très exactement le 30 mai. Je ne suis pas spécialement adepte des grandes fêtes, mais je voulais que nous nous retournions un peu sur ces vingt années passées ensemble, et sur celui qui est un peu la raison d’être de Pygmalion : Bach. Alors je me suis posé cette question : qu’est‑ce qui pourrait nous permettre de développer encore plus notre intimité avec ce compositeur ? Qu’est‑ce qui pourrait continuer à nous rapprocher de lui, à le comprendre, à le saisir ? Et tout d’un coup, je me suis dit : mais qu’est‑ce que Bach a fait quand il avait 20 ans ? Cette fameuse marche que l’histoire – parfois belle, parfois jeune – a transformée, presque un voyage initiatique. Le jeune Bach part au contact de l’autre, au contact d’un grand visionnaire qui était Buxtehude. Il en revient riche, transformé, prêt à démarrer, même s’il avait déjà commencé avant. Nourri, gorgé de musique extraordinaire. L’idée était de refaire cette marche nous‑mêmes, de nous remettre un peu à nu, et d’aller visiter certains bastions, certains lieux. L’année dernière, jouer dans l’église Saint‑Jacques de Lübeck, mais aussi dans le village de Dornheim, c’était magique. Cette année, nous allons au contact d’une certaine mémoire à laquelle Bach boit en permanence : celle de Wolfenbüttel et de Schütz, puis celle de Lübeck avec Tunder et Buxtehude.
L’air que vous pourrez humer dans ces villes qui sont maintenant plongées dans le XXIe siècle, est-il aussi une source d’inspiration pour ceux qui vous suivent depuis vingt ans, et pour vous‑même ?
R. P. : L’expérience de l’année dernière a été déterminante. En prévision du voyage de ce nouveau pèlerinage, j’ai déjà fait beaucoup de repérages moi-même et j’étais encore à Lübeck il y a quelques jours. Évidemment, le monde a profondément transformé la campagne de certaines régions que nous traverserons. Dans d’autres villes, comme à Arnstadt, c’est très préservé. L’église est encore « dans son jus » : beaucoup de mobilier liturgique de la fin du XVIIe siècle, une acoustique, une atmosphère, la manière dont le son se propage, le son de certains orgues dont une partie est encore historique. Et puis la campagne, le chant des oiseaux… Tout cela peut paraître un peu naïf, mais en fait ça ne l’est pas. Je trouve que le fait de marcher nous permet de rentrer dans cette intimité. Et notamment en empruntant cette fameuse Route du Sel [ancienne route commerciale médiévale du nord de l’Allemagne qui reliait les villes de Lunebourg et Lübeck].
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