Modène, Bayreuth, Vienne, Köthen, Varaždin, Bâle, Froville

→De Modène à Froville, la semaine baroque fait dialoguer redécouvertes et grands interprètes : « Il Diluvio Universale » de Falvetti retrouve la scène, Philippe Jaroussky chante Pergolèse en Croatie, tandis qu’à Vienne, « La Calisto » de Cavalli se réinvente sous le regard de Stefan Herheim. À Froville, une nouvelle génération de chanteurs se distingue au Concours international de chant baroque.

Modène, Bayreuth, Vienne, Köthen, Varaždin, Bâle, Froville
© Giorgio Giliberti – Grandezze & Meraviglie

À Modène, Il Diluvio Universale au festival « Grandezze & Meraviglie »

Dans l’église Saint-Augustin de Modène, le festival « Grandezze & Meraviglie », en collaboration avec le Festivalfilosofia, était consacré cette année au thème du « chaos », avec la présentation de l’oratorio Il Diluvio Universale, composé en 1682 par Michelangelo Falvetti, maître de chapelle de la cathédrale de Messine.

Cette rareté musicale a été interprétée dans sa forme originale par les chanteurs et instrumentistes du projet « Crescere in Musica », sous la direction de Sergio Gasparella, avec une mise en scène d’Alberto Allegrezza et une chorégraphie de Bernd Niedecken. L’oratorio a été interprété avec une grande intensité dramatique et des mouvements qui ont conféré une dimension plastique évocatrice au texte du livret de Vincenzo Giattini, inspiré du récit biblique du Livre de la Genèse.

Tant les dix chanteurs que les deux duos de violonistes et d’altistes se sont constamment déplacés dans l’espace situé devant l’autel du profond chœur de l’église, formant ainsi des tableaux vivants inspirés de l’iconographie de la peinture baroque.

Avec Crescere in Musica Baroque, Sergio Gasparella, Alberto Allegrezza, Bernd Niedecken, Niccolò Perego, Federica Gasparella, Alberto Peretti, Arthur Rigal Gavioli, Bianca Beltrami, Yui Mochizuki, Mariela Flores, Marina Kerdraon, Carlo Prampolini et Andrea Lagomarsino.

© Clemens Manser

À Bayreuth, The Sopranos : Federico Fiorio, Maayan Licht et Dennis Orellana

À l’Opéra des Margraves, le Festival Bayreuth Baroque a réuni trois sopranistes : Federico Fiorio, Maayan Licht et Dennis Orellana. Un pari spectaculaire et révélateur de trois personnalités très différentes, dans des airs de Haendel, Hasse, Porpora, Albinoni ou Broschi.

Fiorio séduit par la facilité et la clarté de sa virtuosité, Orellana par la fraîcheur du timbre et une expressivité plus intime. Et Maayan Licht impose fortement sa personnalité théâtrale, transformant l’acrobatie vocale en véritable personnage. Jarosław Thiel et le Wrocław Baroque Orchestra accompagnaient cette exploration des tessitures aiguës masculines. Et le « Pur ti miro » de Monteverdi, réuni en bis à trois voix, a offert une conclusion aussi inattendue que séduisante.

Le concert est disponible sur ARTE Concert.

Avec Federico Fiorio, Maayan Licht, Dennis Orellana, le Wrocław Baroque Orchestra et Jarosław Thiel.

© Mathias Baur

À Vienne, une très créative Calisto de Cavalli

Pour ouvrir la nouvelle saison, le Theater an der Wien, à Vienne, frappe fort avec une Calisto de Cavalli où le metteur en scène Stefan Herheim retrouve son goût du théâtre dans le théâtre, de l’ironie et de la métamorphose. L’univers mythologique d’Ovide devient un jeu sensuel et volontiers extravagant sur le désir, le travestissement et les rapports de pouvoir, jusqu’à quelques clins d’œil à West Side Story.

Dans la fosse, Christina Pluhar et L’Arpeggiata font respirer Cavalli avec liberté, couleurs et pulsation, n’hésitant pas à frôler parfois le jazz. Vera-Lotte Boecker campe une Calisto scéniquement irrésistible, entourée notamment de Milan Siljanov, Luciana Mancini, Giuseppina Bridelli et Arnaud Gluck. Une production foisonnante qui rappelle combien La Calisto, créée en 1651, demeure l’un des opéras les plus étonnamment modernes du Seicento. La production sera reprise aux Barocktage de la Staatsoper de Berlin, en novembre.

Avec Vera-Lotte Boecker, Milan Siljanov, Luciana Mancini, Giuseppina Bridelli, Arnaud Gluck, L’Arpeggiata et Christina Pluhar.

© Henner Fritsche

À Köthen, les Bachfesttage 2026

Les Köthener Bachfesttage ont placé leur édition 2026 sous le signe de la « communauté », avec une quarantaine de rendez-vous dans la ville où Jean-Sébastien Bach passa cinq années importantes de sa vie. Pour le concert d’ouverture, à l’église St. Agnus, la soprano autrichienne Miriam Feuersinger a retrouvé le Köthener BachCollektiv, dirigé du violon par Midori Seiler et Mayumi Hirasaki.

Le programme faisait dialoguer la voix avec quelques pages instrumentales emblématiques : extraits de la cantate O holder Tag, erwünschte Zeit BWV 210, Concerto pour hautbois d’amour BWV 1055 et Quatrième Concerto brandebourgeois BWV 1049. Une manière très « Köthen » de rappeler que le Bach virtuose de la période princière ne sépare jamais vraiment l’individu du collectif. Miriam Feuersinger a également retrouvé l’ensemble pour le concert de clôture.

Avec Miriam Feuersinger, le Köthener BachCollektiv, Midori Seiler et Mayumi Hirasaki.

© Festival de Varaždin

À Varaždin, Philippe Jaroussky et Céline Scheen au festival baroque

Pour l’ouverture de sa 56e édition, le Festival baroque de Varaždin, en Croatie, a réuni B’Rock Orchestra, Philippe Jaroussky et Céline Scheen dans un programme intitulé City, Court & Church, reliant trois visages de l’Europe du XVIIIe siècle. Sous la direction artistique de Jaroussky, le concert associait le Concerto pour violon en si bémol de Benda, avec Evgeny Sviridov, au bouleversant Filiae maestae Jerusalem de Vivaldi. Point culminant de la soirée, le Stabat Mater de Pergolèse permettait à Céline Scheen et Philippe Jaroussky de confronter et mêler leurs timbres dans l’acoustique de la cathédrale.

Le Festival des Soirées baroques de Varaždin (Varaždinske barokne večeri) se déroule à Varaždin, dans le nord de la Croatie, à environ 80 km au nord de Zagreb. Les 17 concerts investissent plusieurs lieux historiques de la ville, notamment la cathédrale, les églises Saint-Nicolas et Saint-Florian, le palais Sermage et le Théâtre national croate, ainsi que quelques sites des environs, dont le château de Trakošćan.

Avec Philippe Jaroussky, Céline Scheen, Evgeny Sviridov et le B’Rock Orchestra.

© Benno Hunziker

À Bâle, La Critica de Niccolò Jommelli

Pour clore le festival Erasmus klingt! à Bâle, la Schola Cantorum Basiliensis a ressuscité La Critica de Niccolò Jommelli, savoureuse satire du monde de l’opéra créée en 1766. Chanteurs virtuoses, prima et seconda donna, poètes et impresarios : Jommelli observe avec humour les rivalités et vanités d’un théâtre lyrique déjà profondément européen.

La production réunissait étudiants chanteurs et instrumentistes de la Schola, sous les directions musicales d’Ilyès Bouyenzar, Johannes Friederich et Mimoe Todo, avec Andrea Marcon pour la supervision musicale. Deda Cristina Colonna signait la mise en scène, tandis que costumes et scénographie associaient également les étudiants de la Hochschule für Gestaltung und Kunst de Bâle.

Avec les chanteurs et instrumentistes de la Schola Cantorum Basiliensis, Ilyès Bouyenzar, Johannes Friederich et Mimoe Todo (direction musicale), Andrea Marcon (supervision musicale).

© Festival de Froville

Concours de Froville 2026 : un palmarès très international

La soprano Bridget Esler (Canada), 26 ans, a remporté le 1er Prix du 15e Concours international de chant baroque de Froville, ainsi que le Prix du public. Bridget Esler appartient actuellement à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. Son parcours est déjà très international : London Symphony Orchestra, Orchestre symphonique de Montréal, Tanglewood Music Center, Marlboro Music Festival et masterclasses de Joyce DiDonato à Carnegie Hall.

Josefine Mindus (Suède), soprano, a obtenu le 2e Prix. Née près de Stockholm, elle est déjà une chanteuse d’opéra professionnelle installée en Allemagne. Elle est membre depuis la saison 2024-2025 de l’ensemble du Hessisches Staatstheater Wiesbaden.

Le contre-ténor Andrea Gavagnin (Italie) a décroché le 3e Prix. Il a été formé au Conservatorio Benedetto Marcello de Venise, puis au Conservatoire royal de Bruxelles. Fait révélateur de son profil : il y a ensuite enseigné l’ornementation, la diminution vocale et l’improvisation.

La mezzo-soprano française Celeste Ingrand, meilleur espoir, et la soprano française Tanaquil Ollivier, Prix Génération Opéra, complètent le palmarès. Les six finalistes, parmi seize candidats sélectionnés, étaient accompagnés par I Gemelli lors de la finale du 20 septembre à l’église de Froville.

Avec Bridget Esler (1er Prix et Prix du public), Josefine Mindus (2e Prix), Andrea Gavagnin (3e Prix), Celeste Ingrand (meilleur espoir), Tanaquil Ollivier (Prix Génération Opéra) et I Gemelli.