Lucile Boulanger : « la viole n’a rien d’un objet de musée »

→Sacrée soliste instrumentale de l’année aux Victoires de la musique classique 2025, la violiste française Lucile Boulanger défend une musique ancienne vivante, transmise par le geste, l’écoute et l’instinct autant que par les partitions. Une conviction qui traverse son parcours, de son coup de cœur d’enfant pour la viole à ses collaborations avec l’électro, la danse ou les grandes figures du baroque. Elle sera à Arras le 9 juin aux côtés de Justin Taylor, avant de rejoindre le festival allemand de Potsdam Sanssouci pour le concert « Under the Sun of Versailles », le 14 juin, première étape d’une tournée estivale européenne bien remplie.

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Lucile Boulanger : « la viole n’a rien d’un objet de musée »
© Les Victoires de la musique classique

Récompensée en 2025 aux Victoires de la musique classique dans la catégorie « Soliste instrumental », la musicienne française Lucile Boulanger s’impose aujourd’hui comme l’une des grandes interprètes de la viole de gambe. Formée d’abord auprès de Christine Plubeau, dans un rapport à l’instrument nourri par l’écoute, l’imitation et le geste avant le solfège, elle poursuit ensuite son parcours auprès d’Ariane Maurette, Jérôme Hantaï et Christophe Coin au CNSMD de Paris. Entre fidélité au baroque et goût du déplacement, quelques jalons récents disent la diversité de son approche : les sonates de Bach avec Pierre Hantaï à la Salle Cortot en janvier dernier, l’électro-baroque au Théâtre du Châtelet avec Calling Marian en mai, ou encore sa prochaine participation aux « Chemins de Bach » avec l’ensemble Pygmalion à l’été 2026. Avec La Messagère, paru chez Alpha Classics en 2024, elle prolonge ce même geste en faisant dialoguer la viole du XVIIe au XXIe siècle. Nommée professeure de viole de gambe au Conservatoire de Paris à la rentrée 2025, après avoir enseigné plusieurs années au Conservatoire royal de Bruxelles, elle revient ici sur sa vie d’instrumentiste, de pédagogue et d’ancienne comédienne, guidée par une même conviction : la musique ancienne ne se conserve pas sous cloche et se transmet autant par le geste et l’écoute que par le langage musical.

En échangeant avec Lucile Boulanger, on comprend vite que ce qui l’intéresse n’est pas de moderniser artificiellement la musique ancienne, mais de rappeler qu’elle est vivante. Lorsqu’on lui parle de dépoussiérer le baroque, elle répond immédiatement : « La poussière est plutôt dans les yeux de certains auditeurs. » Pour les enfants qui découvrent la viole aujourd’hui, l’instrument n’a rien d’un objet de musée. « Quand un enfant vient à la viole, ce n’est jamais parce qu’il trouve ça poussiéreux », s’impatiente cette mère de famille, désireuse de transmettre son amour du baroque à son fils.

Cette vitalité, elle la cherche et la trouve dans ses projets les plus récents : des collaborations avec la musique électronique comme au Châtelet au début du mois de mai pour un concert électro-baroque au côté de la musicienne électro Calling Marian, des spectacles mêlant danse hip-hop et musique ancienne – le spectacle « Phénix » chorégraphié par Mourad Merzouki a fait date –, et autres créations contemporaines. Non pour quitter le baroque, mais pour continuer à y circuler librement. « Ça me fait retravailler des choses essentielles : la pulsation, la danse, le rapport au rythme. » Mais son besoin de repousser les limites ne l’empêche pas de se produire au côté des plus grands, dans des projets plus traditionnels : faire sonner Bach au côté de Pierre Hantaï ou de l’ensemble Pygmalion, dirigé par Raphaël Pichon. Et peut-être est-ce là, finalement, le véritable fil de son parcours : transmettre une pratique exigeante sans jamais l’enfermer. Garder vivant, dans les institutions qu’elle rejoint aujourd’hui comme professeure, quelque chose du geste instinctif de l’enfant de quatre ans qui a simplement, un jour, adoré entendre le son de la viole de gambe.

Angel

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