Théotime Langlois de Swarte & William Christie

Le Violon de Rameau

→Pourquoi Rameau tient-il un violon dans l’un de ses rares portraits ? Partant de cette énigme, Théotime Langlois de Swarte et William Christie explorent la place méconnue de l’instrument dans l’univers du compositeur. Entre transcriptions d’opéras, danses et sonates de ses contemporains, un Rameau intime où le violon devient tour à tour chanteur, danseur et acteur.

Le Violon de Rameau
© Harmonia mundi

On connaît Rameau théoricien, claveciniste et compositeur d’opéras. Mais Rameau violoniste ? C’est en observant un portrait attribué à Joseph Aved, où le musicien apparaît un violon à la main, que Théotime Langlois de Swarte a imaginé ce programme avec le chef américain William Christie. Paru chez Harmonia mundi, Le Violon de Rameau par d’un paradoxe fécond : Rameau n’a laissé ni sonate ni concerto pour violon, mais l’instrument traverse son parcours et occupe une place essentielle dans l’orchestre de ses opéras.

Les témoignages de l’époque renforcent cette intuition : le médecin et érudit dijonais Hugues Maret rapporte que Rameau composait ses opéras « un violon à la main » et éprouvait sur l’instrument l’effet des airs qu’il imaginait. Le disque part donc à la recherche de ce « violon de Rameau » dans Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Dardanus, Les Fêtes d’Hébé et surtout Les Indes galantes. Une grande partie de ces pages provient d’un manuscrit copié après 1771 par l’avocat et homme de Lettres Jacques-Joseph-Marie Decroix, grand collectionneur de l’œuvre de Rameau, Airs de violon tirés des opéras de Rameau.

Autour de Rameau apparaissent aussi plusieurs violonistes de son temps : Jean-Baptiste Cupis, Jacques et Louis Aubert, Charles-Antoine Branche, André-Joseph Exaudet, Toussaint Bordet ou Théodore-Jean Tarade. Sonates, airs et variations replacent ainsi sa musique dans le paysage violonistique français du XVIIIe siècle. Le programme prolonge également une pratique bien attestée à l’époque, celle de la transcription pour violon d’airs d’opéra, que Rameau lui-même avait encouragée en proposant notamment une version réduite des Indes galantes.

À deux seulement, Théotime Langlois de Swarte et William Christie ramènent ce théâtre à l’échelle de la musique de chambre. Sans violoncelle ni viole de gambe, ils redistribuent entre violon, clavecin et orgue des lignes orchestrales ou vocales, en laissant également une place à l’improvisation. Le violoniste joue un Carlo Bergonzi1 de 1733 ; Christie alterne entre clavecin et l’orgue Boizard de 1714 de l’abbaye de Saint-Michel-en-Thiérache. Le parcours s’achève, comme un rideau qui tombe, sur la grande Chaconne des Indes galantes. Il ne reste qu’à tendre l’oreille : à deux instruments seulement, c’est tout le théâtre de Rameau qui reprend vie.

  1. Hasard amusant pour les mélomanes : ce Carlo Bergonzi (1683-1747), grand luthier crémonais contemporain de Stradivari, n’a évidemment rien à voir avec le célèbre ténor italien homonyme (1924-2014). ↩︎