Johanna Rose, gambiste non conformiste

→Allemande, vivant à Séville, en Espagne, après des études à Bâle, Milan et Lugano, la gambiste Johanna Rose fait partie des grandes interprètes de sa génération. Après un CD consacré à Marin Marais et Antoine Forqueray, elle développe un projet multimédia combinant musique baroque allemande et française avec des clips vidéo enregistrés, dans des univers sonores oscillant entre chant grégorien et heavy metal. Portrait d’une artiste non conformiste.

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Johanna Rose, gambiste non conformiste
« Il faut parfois repousser les limites de la viole de gambe et en tirer davantage que ce simple son nasal ! » © Laura León

Depuis Séville, où elle vit, la gambiste allemande Johanna Rose trace une trajectoire singulière. Formée à Bâle, Milan et Lugano, installée en Andalousie auprès de l’Accademia del Piacere, elle appartient à cette nouvelle génération d’interprètes qui refusent les frontières esthétiques. Aussi à l’aise dans l’univers raffiné de Marin Marais et d’Antoine Forqueray, au cœur de son dernier CD, Visions du Diable, que dans un projet multimédia flirtant avec le chant grégorien, l’improvisation ou même les sonorités du heavy metal, elle revendique une approche profondément incarnée de la viole de gambe. Pour elle, la musique ancienne n’est ni un musée ni un exercice de style : c’est une matière vivante, sensuelle, traversée d’énergie et de liberté. Portrait d’une artiste qui ose repousser les limites de son instrument, musicalement autant que mentalement.

Une jeune femme blonde regarde la caméra avec concentration ; elle porte une robe rose foncé, à mi-chemin entre une robe et une robe de chambre, dont la jambe droite dépasse, appuyée contre une viole de gambe à six cordes de couleur brun foncé.

La photo de couverture du dernier CD de Johanna Rose l’annonce d’emblée : cette musicienne ne laisse rien au hasard. Elle se met en scène de manière délibérément un peu provocante, chargée d’érotisme, avec une grande exigence esthétique. « Ce n’est pas ma viole de gambe », précise-t-elle, « elle n’aurait pas été assortie à la robe. » L’ensemble a été photographié dans la piscine vide d’une maison de campagne près de Séville, avec quelques feuilles d’automne au sol et, derrière Johanna Rose, la paroi bleu pâle du bassin. « Il était déjà tard quand nous avons fait cette prise, la lumière était très tamisée, l’atmosphère avait quelque chose d’un peu diabolique, et cela correspondait bien au titre Visions du Diable. »

Non seulement cette photo est très personnelle, mais le choix des œuvres l’est aussi : des suites de Marin Marais (1656-1728) et d’Antoine Forqueray (1672-1744), tous deux actifs à la cour de Versailles sous Louis XIV. « L’érotisme a tout à fait sa place à cette époque », estime la jeune musicienne, qui n’a donc aucun problème avec sa photo. C’est l’âge d’or de la viole de gambe ; jamais elle ne connaîtra de tels triomphes ailleurs que dans les salons du Roi-Soleil. Marais et Forqueray : c’est vers eux que Johanna Rose s’est tournée, choisissant les virtuoses vedettes de l’époque de cet instrument à cordes aristocratique, deux compositeurs prétendument très différents. L’un, Marais, compose une musique d’une beauté sereine, élégante et gracieuse ; l’autre, sorte de rock star de son temps, est un audacieux improvisateur, sauvage et impétueux. Johanna Rose brise les clichés, aborde les deux compositeurs avec une énergie expressive et une chaleur suggestive, selon l’œuvre et le message artistique. Son style d’interprétation incisif et émotionnel est caractéristique. Chaque note est une expression, elle est vivante, physique ; son jeu est élégant, d’une grande virtuosité, sa conception sonore nuancée et sensible. « Les Voix humaines », le morceau de clôture de son CD – l’une d’entre elles est manifestement la viole de gambe de Johanna Rose, qui respire, phrase, raconte.

« Il faut parfois repousser les limites de la viole de gambe et en tirer davantage que ce simple son nasal », affirme Johanna Rose avec assurance, n’hésitant pas à utiliser un archet plus lourd ou à tendre davantage ses cordes. Un luthier règle ses instruments selon ses souhaits. Comme toute gambiste, elle en possède toute une collection chez elle, à Séville ; sa préférée est la viole de gambe basse, suivie de la viole de gambe ténor.

Angel

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