Florence, Ambronay, Valtice, Assise, Dijon

→Cette semaine, L’Homme Armé fait revivre les échanges musicaux entre Florence et Mantoue autour de 1600, Jordi Savall referme le Festival d’Ambronay avec le « Llibre Vermell de Montserrat », Cappella Mariana mêle musique et poésie de Machaut à Valtice, Micrologus redonne voix au « Cantique des créatures » à Assise, tandis que Les Traversées Baroques ressuscitent à Dijon la rare « Morte d’Orfeo » de Stefano Landi.

Florence, Ambronay, Valtice, Assise, Dijon
© Lorenzo Fazzini

Florence – Entre l’Arno et le Mincio avec L’Homme Armé

Pour sa dixième édition, le festival florentin FloReMus a confié à L’Homme Armé, ensemble organisateur de la manifestation, un programme particulièrement bien pensé : « Tra l’Arno e il Mincio », consacré aux échanges musicaux entre les cours de Florence et de Mantoue à la charnière des XVIe et XVIIe siècles. Deux villes et deux dynasties, les Médicis et les Gonzague, que rapprocha notamment, en 1584, le mariage de Vincenzo Gonzaga et d’Éléonore de Médicis, favorisant la circulation des musiciens et des styles entre les deux cours.

Le lien était posé dès Cantiam del Mincio de Giaches de Wert, écrit précisément pour ces noces et donné en ouverture du concert à l’Auditorium de Sant’Apollonia. Le programme faisait ensuite dialoguer deux mondes qui se côtoient autour de 1600 : la grande tradition du madrigal polyphonique et le nouveau recitar cantando florentin. De Salomone Rossi à Alessandro Striggio, de Giulio Caccini à Marco da Gagliano et Claudio Monteverdi, c’est tout le passage de la Renaissance au premier baroque qui se dessinait ainsi entre Arno et Mincio.

Avec Sonia Tedla Chebreab, Marta Fumagalli, Andrés Montilla Acurero, Riccardo Pisani, Gabriele Lombardi, Giovanni Bellini et Bianca Cucini

© Bertrand Pichène

Ambronay – Jordi Savall referme le Festival

Jordi Savall, La Capella Reial de Catalunya et Hespèrion XXI ont refermé, dans une abbatiale comble, le 47e Festival d’Ambronay avec les dix chants et danses du Llibre Vermell de Montserrat. Un répertoire que le musicien catalan fréquente depuis près d’un demi-siècle : son premier enregistrement du célèbre manuscrit médiéval remonte à 1979.

Ce troisième et dernier week-end avait auparavant fait résonner d’autres « Latitudes baroques », thème de cette édition. Camille Delaforge et Il Caravaggio avaient déployé les fastes spatialisés de Musica Regalis, autour notamment de la Messe à quatre chœurs de Charpentier et du Crucifixus à 8 de Lotti ; Lambert Colson et InAlto s’étaient pour leur part tournés vers les monumentales Vêpres de la Vierge de Monteverdi. De la France de Charpentier à l’Italie de Monteverdi et à la Catalogne médiévale, une conclusion à l’image d’un festival placé sous le signe du voyage.

Avec Jordi Savall, La Capella Reial de Catalunya et Hespèrion XXI

© Pavel Kristian Jr.

Valtice – Guillaume de Machaut entre récit et musique

Pour sa onzième édition, dans la chapelle du château de Valtice, en Moravie du Sud, le Festival de musique de Lednice-Valtice accueillait Cappella Mariana pour un programme consacré à Guillaume de Machaut. L’ensemble n’y proposait pas une œuvre musicale continue du compositeur, mais une mise en espace de son Jugement du roi de Bohême, où le récit alternait avec ballades, virelais et motets.

Dans ce Dit, une dame qui vient de perdre son amant et un chevalier trahi par sa bien-aimée cherchent à déterminer lequel des deux souffre le plus. Incapables de trancher, ils soumettent leur différend au roi de Bohême. Autour de la narration du comédien tchèque Jaromír Meduna, Cappella Mariana faisait ainsi entendre les différentes facettes du Machaut poète et musicien, au cœur de la culture courtoise du XIVe siècle.

Avec Jaromír Meduna, narration ; Vojtěch Semerád, ténor, vièle médiévale et direction artistique ; Hana Blažíková, soprano et harpe gothique ; Mélusine de Pas, vièle ; Jakub Kydlíček, flûtes

© Claudia Ioan

Assise – Le Cantique des créatures retrouve ses sons

À l’occasion de la 81e Sagra Musicale Umbra, l’ensemble Micrologus a présenté « Giullari di Dio » dans l’église supérieure de la basilique Saint-François d’Assise. Le programme s’appuie notamment sur une reconstitution philologique du Cantique des créatures (chant religieux composé par saint François d’Assise au début du XIIIe siècle et dont la musique a été perdue), à partir des témoignages les plus anciens, et remonte ainsi aux origines de la lauda italienne.

Pour Micrologus, ensemble né à Assise il y a plus de quarante ans, le retour avait une force toute particulière : les paroles de saint François retrouvaient leur ville au milieu des fresques de la basilique retraçant sa vie. Le spectacle s’inscrit dans les célébrations du huitième centenaire de la mort du saint et doit également donner lieu à un enregistrement discographique.

Avec Micrologus

© Édouard Barra

Dijon – La mort d’Orphée selon Stefano Landi

À l’Opéra de Dijon, Les Traversées Baroques et le Chœur de l’Opéra ont proposé en version de concert La Morte d’Orfeo, composée par Stefano Landi en 1619. Douze ans après le célèbre Orfeo de Monteverdi, Landi reprend le mythe là où celui-ci l’avait laissé : Eurydice définitivement perdue, Orphée renonce aux joies terrestres, avant que la colère de Bacchus ne le conduise à sa propre mort.

Aux premières heures de l’opéra, le mythe avait déjà inspiré Peri, Caccini puis Monteverdi. Avec Landi, il trouve une nouvelle conclusion, sombre et spectaculaire, portée par dix-huit personnages et tout le clair-obscur du premier baroque italien. Une plongée dans une œuvre beaucoup moins familière que Sant’Alessio, l’autre grand titre aujourd’hui associé au compositeur romain.

Avec Les Traversées Baroques, Chœur de l’Opéra de Dijon et Étienne Meyer