Au cœur de l’Aisne, dans le Nord de la France, l’abbaye de Saint-Michel-en-Thiérache fait partie des exceptions patrimoniales. Fragilisée par un grave incendie en 1971 dont elle conserve des traces, elle abrite un trésor musical inestimable : un orgue historique construit en 1714, dont la restauration a donné naissance, dans les années 1980, à l’un des rendez-vous baroques les plus plébiscités du territoire. Depuis sa première édition en 1987, le festival s’est développé autour de cet instrument, mais aussi d’une conviction plus large : faire de l’abbaye un lieu vivant de musique, de transmission et de rencontres. Du 7 juin au 5 juillet 2026, le Festival de Saint-Michel-en-Thiérache fêtera ses quarante ans avec deux piliers symboliques du baroque : L’Orfeo de Monteverdi en ouverture et la Messe en si de Bach en clôture. Organiste, directeur du festival depuis sa création et président de l’ADAMA, structure créée par le Conseil départemental de l’Aisne pour développer un projet musical global sur le département, Jean-Michel Verneiges travaille au rayonnement de ce site singulier. Dans cet entretien, il revient sur la naissance du festival, le fameux « train de France Musique », les liens divers avec le territoire, les partenariats pédagogiques et l’avenir d’une manifestation qui cherche à étendre son ancrage au-delà de son abbaye emblématique.
D’où vous est venue l’idée de faire un festival dans cette abbaye en ruines ?
Jean-Michel Verneiges : En juin 1987, il n’y avait rien, sinon cette abbaye dans un état alors précaire. Les bâtiments conventuels étaient à ciel ouvert ! Il y avait eu un très grave incendie en 1971, dont l’église avait miraculeusement réchappé, ainsi que son orgue. C’est la restauration de cet orgue dans les années 80, qui est un orgue historique français précieux, qui a suscité en moi l’envie de faire de la musique ancienne dans ce lieu. Dans mon activité auprès du Conseil départemental avec l’ADAMA, qui a vocation à développer un projet musical global sur le département, la problématique n’était pas du tout de trouver un lieu pour faire un festival de musique ancienne. L’idée était au départ de promouvoir cet orgue historique, ce lieu désert, où nous avions commencé dès 85-86 à faire entendre de petits concerts d’orgue… J’ai des souvenirs de publics de 25 ou 30 personnes qui étaient rentrées là parce qu’elles avaient trouvé la porte ouverte. Ensuite, l’acte fondateur a été cette journée avec la chaîne de radio publique France Musique…
Oui, le fameux « train de France Musique » !
J-M. V. : Tout à fait. J’étais allé voir Gilles Cantagrel qui était alors directeur de l’antenne, pour lui proposer un projet : « J’ai ce lieu, avec cet instrument absolument fabuleux et j’imagine faire une journée de musique. On ferait entendre l’orgue le matin et l’après-midi un concert plutôt vocal, instrumental. On prendrait un traiteur pour déjeuner sur place et on affréterait un train spécial qui partirait de Paris-Nord jusqu’à Hirson, la petite ville à cinq kilomètres de Saint-Michel. Si ça vous intéresse, je produis la journée, on baptise ça « le train de France Musique ». Vous faites la communication et retransmettez les deux concerts en direct. » Ça les a intéressés, amusés même !

Nous avons accueilli ainsi 500 personnes, venues sur des rames de Trans Europe Express, des wagons métallisés avec une bande rouge sur le côté. Ça a eu beaucoup de succès. Cet acte est, si on voulait comparer avec l’astronomie, et toutes proportions gardées, le Big Bang du festival.
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