19e Festival International Bach Montréal

Alexandra Scheibler : “Pour fonder un festival, il faut être naïf !”

→Lancé dans un café il y a vingt ans par Alexandra Scheibler, le Festival International Bach Montréal est devenu un événement majeur où se croisent artistes québécois et ensembles internationaux, du luth à l’accordéon, du breakdance au baroque. En partie grâce à un voyage en classe affaires !

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Alexandra Scheibler : “Pour fonder un festival, il faut être naïf !”
"Il faut toujours prendre des risques. Toujours !" Alexandra Scheibler © Antoine Saito

Le Festival International Bach Montréal se tiendra du 15 novembre au 7 décembre. Au programme : quelques grands noms, parmi lesquels Jakub Józef Orliński, Les Arts Florissants avec Théotime Langlois de Swarte, ou encore Luc Beauséjour. Sa fondatrice et directrice artistique, Alexandra Scheibler, évoque la programmation de cette année et revient sur l’évolution de cet événement et l’art de faire vivre un festival fondé sur le risque et la curiosité.

Vous avez fondé le festival en 2005. Avec le recul, quelles sont les grandes leçons de ce parcours et quelles perspectives pour les prochaines années ?

Alexandra Scheibler : Je dirais que la première grande leçon, c’est qu’il faut être très naïf. Il vaut mieux ne pas savoir dans quoi on s’engage ! C’est comme une start-up : il faut beaucoup de passion, beaucoup d’enthousiasme, et ensuite, il faut simplement se lancer. Je suis arrivée à Montréal depuis l’Allemagne environ deux ans avant la toute première édition. À mon arrivée, peu d’artistes ou d’ensembles internationaux passaient par la ville. C’était la période de Noël et il n’y avait même pas une seule exécution d’un oratorio de Noël… Cela m’a vraiment manqué. Alors je me suis dit : “Pourquoi ne pas créer quelque chose ?”

Vous le dites avec une simplicité déconcertante. 

A. S. : (Rires) L’idée était simple ; la réalité beaucoup moins. Nous sommes arrivés et nous ne connaissions absolument personne à Montréal. Mon mari est entré directement dans son poste à l’université, et moi… non. Cela a pris du temps. J’ai visité les écoles de musique, parlé à des gens. Tout le monde a dû se dire : “Mais qui est cette folle avec son idée de festival ?” Il faut être très persévérant. C’est un chemin difficile, car au début, les gens ne comprennent pas vraiment ce que vous racontez ou ne vous prennent pas au sérieux. Puis, par hasard, j’ai rencontré Sabine Pletat, qui est devenue ma codirectrice pendant quinze ans. Elle est partie en 2020. Elle aussi venait d’Allemagne. Nous nous sommes croisées par hasard, et nous partagions la même vision. C’est vraiment ainsi que le festival est né.

Ensemble Diderot à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours © Antoine Saito

Nous avons organisé la toute première édition depuis un café. Nous n’avions rien. En 2005, nous avons réussi à convaincre un seul ensemble : Musica Antiqua Köln, dirigé par Reinhard Goebel. Mais ces musiciens ne voyageaient qu’en classe affaires, et nous n’avions pas d’argent. Heureusement, Lufthansa [la compagnie aérienne nationale allemande] nous a offert des billets en classe affaires — un miracle pour nous. Leur présence a immédiatement donné du poids au festival. Ensuite, nous avons collaboré avec de nombreux musiciens et ensembles montréalais. Montréal est une ville pleine de musique, et les gens ici aiment profondément Bach. Le public adore ce répertoire. C’était donc, en réalité, un endroit idéal pour lancer un festival !

Pouvez-vous décrire ce qu’est devenu le festival aujourd’hui ?

A. S. : Dès le départ, l’idée était de réunir de grands artistes et ensembles locaux avec des interprètes internationaux de premier plan. J’ai grandi en Allemagne, entourée d’ensembles et de solistes venus de partout. Je voulais apporter cet esprit au Québec, car je le trouve profondément inspirant. L’ouverture internationale faisait donc partie du projet dès le départ — et elle le reste. D’ailleurs, l’an dernier, nous avons officiellement ajouté le mot « International » à notre nom pour le refléter. Au début, le festival ne durait que quatre ou cinq jours. Aujourd’hui, il s’étend sur environ deux semaines et demie. Nous avons également créé le festival Off-Bach : des événements diurnes au centre-ville de Montréal. Des artistes internationaux y donnent des mini-concerts de vingt minutes ; puis il y a des causeries brèves, des échanges, un verre de vin ou un café, les gens discutent. Des personnes âgées, des jeunes, des enfants, tout le monde vient. Et tout le programme du Off-Bach est gratuit, ce qui est très important pour nous.

Aujourd’hui, vous collaborez avec des ensembles locaux comme Les Boréades, tout en invitant de grands noms internationaux tels que Les Arts Florissants ou Jakub Józef Orliński. Comment trouvez-vous l’équilibre entre la mise en valeur des talents d’ici et le maintien d’un profil international ?

A. S. : Cet équilibre est toujours crucial. Il y a ici des artistes absolument remarquables et il est essentiel de les inclure. Mais lorsque nous les invitons, nous réfléchissons ensemble à un projet spécifique, conçu pour le festival. Je n’invite pas quelqu’un d’ici simplement pour rejouer un programme déjà présenté ailleurs. Il faut que ce soit quelque chose d’unique, car chaque concert d’un festival doit l’être. Pour nous, il ne s’agit pas seulement du programme, de la musique ou des artistes. L’atmosphère compte énormément : la lumière, l’énergie, l’excitation. Nous travaillons sur chaque lieu que nous utilisons pour créer une véritable « ambiance de festival ».

Angel

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