Elles étaient compositrices

Elisabetta de Gambarini, le Mozart anglais du XVIIIe siècle

→Elisabetta de Gambarini (1730-1765) a connu un succès précoce en interprétant des pièces de Haendel dès l’âge de seize ans.

Elisabetta de Gambarini, le Mozart anglais du XVIIIe siècle

Cantatrice, organiste, claveciniste, compositrice, Elisabetta de Gambarini a plus d’une corde à son instrument. Elle est la première compositrice anglaise dont les œuvres aient été publiées.

Oratorio : une interprète précoce  

C’est à peine âgée de seize ans qu’Elisabetta de Gambarini débute sa carrière dans l’Occasional Oratorio de Haendel. Il faut dire que le compositeur anglais repère très tôt le talent de la jeune de Gambarini. Il la choisit pour créer le rôle de la femme israélite dans l’oratorio Judas Maccabæus, en 1747. Et l’on voit son nom apparaître dans les deux pièces du compositeur, Samson et le Messie. La voix de mezzosoprano de la cantatrice va rapidement ravir les oreilles de la fine fleur londonienne, des ducs aux barons, en passant par les lords et capitaines.

Écoutez ici l’Ouverture de l’Occasional Oratorio de Haendel, par l’Académie de musique de Berlin, sous la baguette de Howard Arman :

Glissando : de l’Italie à l’Angleterre

Comme son nom ne l’indique pas, Elisabetta de Gambarini est née à Londres. Mais sa famille est issue de la noblesse italienne : son père, Charles Gambarini, est diplomate et sa mère, Joanna Stradiotti, chanteuse.  

Nous avons peu d’informations sur les années de formation d’Elisabetta de Gambarini. On suppose qu’elle aurait étudié avec le compositeur italien Francesco Geminiani. En effet, elle lui empruntera la partition de La Forêt enchantée lors d’un concert. L’un de ses carnets nous informe aussi qu’elle parlait quatre langues : l’anglais, le français, l’italien et l’allemand.

Trouble dans l’identité : il est possible que son nom ait été utilisé sous plusieurs autres formes : Elizabeth Gambarini, Elisabetta Gambarini et Elisabetta Gamberin. Entre l’Italie et l’Angleterre, cette éminente personnalité musicale reste décidément nimbée de mystère.  

Elle serait morte en couche, à l’âge de trente-quatre ans, un an après son mariage avec le diplomate français Etienne Chazal.

Point d’orgue : les premières partitions publiées d’une compositrice anglaise 

Elisabetta de Gambarini ne fait pas figure de petit génie uniquement sur le plan de l’interprétation. Elle n’a que dix-huit ans lorsque son premier recueil de pièces pour clavecin est publié, en 1748. Entre 1748 et 1750, elle compose trois recueils de mélodies et de pièces pour clavecin. L’opus 1 est un recueil de six sonates. Quant à l’opus 2, il s’agit d’un recueil de danses et de pièces indépendantes. Dans ce deuxième ouvrage, les mélodies 1 à 4 sont anglaises, la cinquième est française, et les 6 à 12 sont italiennes ; d’où le titre du recueil, Lessons for the Harpsichord Intermix’d with Italian and English [Leçons pour clavecin, entremêlées d’italien et d’anglais]. Ce titre évoque les caractéristiques de l’écriture vocale : des pièces courtes avec une base textuelle, une tessiture compacte et un style strophique.

Écoutez l’intégralité de l’opus 2 :

Ces recueils ont un but pédagogique : ils développent l’ornementation baroque et reprennent la technique de croisement de mains à la manière de Scarlatti. Mais la compositrice répond aussi aux besoins éditoriaux de l’Angleterre à cette époque qui s’adresse au marché aisé des musiciens amateurs. C’est qu’Elisabetta de Gambarini a le sens des affaires !

Staccato : impresario à ses heures perdues  

Durant sa courte carrière, Elisabetta de Gambarini se produit au Haymarket Theatre (Londres) et dans la grande salle de concert de Dean Street, à Soho. Mais la claveciniste a aussi développé un autre business en organisant des concerts d’un style tout particulier : pour se débarrasser du lourd héritage paternel, elle propose des sortes de « concerts-ventes aux enchères » qui lui permettent de vendre la riche collection d’art de son père. C’est en véritable impresario qu’Elisabeth de Gambarini pense sa carrière !

Da capo : le premier enregistrement pour piano de l’œuvre d’Elisabetta de Gambarini  

En novembre 2024, la pianiste italienne Margherita Torretta enregistre, chez  Piano Classics, un album regroupant l’ensemble des pièces pour piano d’Elisabetta de Gambarini. Hormis un disque joué au clavecin vieux de trente ans, c’est le premier enregistrement complet de l’œuvre de la compositrice anglaise.   

Margherita Torretta y défend avec force cette musique sur piano moderne : « Lorsqu’elle est interprétée sur un piano moderne, les éléments stylistiques distinctifs de la musique de Gambarini peuvent être mis en valeur par les gammes et les contrastes dynamiques et tonaux du piano, offrant un équilibre nuancé entre mélodie et accompagnement. »

Écoutez l’intégralité du CD ici :