Il y a dix ans, Daniel Pinteño fondait Concerto 1700 avec le désir de défendre le répertoire baroque de son pays, l’Espagne, encore largement méconnu. Une décennie plus tard, son ensemble s’impose comme l’un des acteurs les plus engagés de la scène espagnole. Retour sur une aventure musicale entre érudition, liberté artistique et passion collective.
Vous avez fondé Concerto 1700 il y a dix ans avec la volonté de défendre un répertoire baroque encore en grande partie inconnu. Si vous deviez raconter cette naissance aujourd’hui, quel souvenir ou quelle intuition fondatrice vous viendrait en tête ?
Daniel Pinteño : Je ne pourrais pas dire exactement quand tout a commencé, car c’est une idée à laquelle je réfléchissais depuis plusieurs années. Le véritable déclic a eu lieu lors de ma dernière année au conservatoire, en février 2015. À ce moment-là, j’étais entièrement concentré sur mon récital de fin d’études au Real Conservatorio Superior de Música de Madrid, où j’étudiais le violon baroque avec Hiro Kurosaki. Même si je collaborais déjà comme freelance avec plusieurs ensembles de musique ancienne en Espagne, j’avais envie de me lancer dans un projet personnel. Créer un espace où je pourrais aborder différents types de répertoires avec mon propre regard et laisser libre cours à ma créativité m’a semblé une suite logique !
C’est un souhait partagé par beaucoup d’artistes, mais plus rares sont ceux qui le concrétisent… Dans votre cas, cet élan semblait presque irrépressible.
D. P. : Oui ! Depuis l’enfance, j’ai toujours aimé explorer des chemins musicaux peu empruntés. Durant mes années de formation, j’ai engrangé de nombreuses raisons de me lancer dans une aventure comme Concerto 1700. Et ceux qui me connaissent savent que je suis quelqu’un d’assez impétueux (rires)… Cette impulsivité, combinée à une grande curiosité, a sans doute été le germe de ce groupe qui fait aujourd’hui partie intégrante de ma vie.
Pourquoi avoir choisi le nom « Concerto 1700 » ?
D. P. : L’un des premiers choix, une fois le projet lancé, a été celui du nom. Ce n’est jamais une décision facile. Dans mon cas, « Concerto 1700 » est né de la rencontre de deux idées. D’un côté, il y a le mot « concerto », au sens classique que tout le monde connaît, mais j’aime aussi son origine italienne, « concertàre », très proche du verbe espagnol « concertar », qui évoque le débat et le consensus. De l’autre, le chiffre 1700 indique un point d’équilibre entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, mais aussi une date musicale charnière pour moi : la publication des sonates pour violon opus 5 d’Arcangelo Corelli. Leur sortie, le 1er janvier 1700, marque un tournant que tous les musiciens spécialisés dans la musique ancienne devraient garder en mémoire !

En dix ans, l’ensemble s’est imposé comme l’une des grandes figures actuelles du baroque espagnol. Comment décririez-vous l’évolution de votre relation avec ce répertoire ?
D. P. : J’ai grandi en parallèle de ce répertoire, en me formant et en m’appuyant sur les recherches des musicologues, sans lesquels notre travail de redécouverte serait impossible. Il y a quelque chose de passionnant à jouer une musique oubliée depuis 250 ou 300 ans dans un coin d’archive. On tombe souvent sur de véritables pépites ! Notre parcours a commencé avec la « cantada », ce que d’autres pays appellent la cantate. En Espagne, ce genre possède des caractéristiques très particulières et subit, au début du XVIIIe siècle, un processus d’italianisation fascinant. En enregistrant notre disque consacré aux cantadas d’Antonio Literes avec le contre-ténor Carlos Mena, nous avons pu illustrer clairement cette évolution, depuis une structure plus hispanique, mêlant graves, coplas, récitatifs et arias, jusqu’à des formes influencées par le style italien des années 1730. Ensuite, nous avons exploré d’autres voies, comme des projets pluridisciplinaires avec danseurs ou comédiens, et la musique de chambre, avec un travail de fond sur des œuvres jamais enregistrées de José Castel ou Gaetano Brunetti, auquel nous avons consacré trois disques.
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