Luc Beauséjour

Bach : un itinéraire

→Intime et solaire, le nouveau disque de Luc Beauséjour explore l’évolution artistique de Bach à travers son œuvre pour clavecin.

Bach : un itinéraire
© Annie Éthier

Avec son nouvel album, Luc Beauséjour offre une traversée personnelle de l’œuvre pour clavecin de Johann Sebastian Bach tentant, au gré des différentes étapes de sa carrière, de mettre en avant son évolution artistique et les influences qui ont façonné sa musique. Son enregistrement s’inscrit dans la continuité d’un parcours dédié à la musique baroque, enrichissant une discographie saluée pour sa sensibilité et sa maîtrise technique où les œuvres du compositeurs allemands ont une place prépondérante. 

Pour votre entrée chez Atma Classique, vous proposez un album ambitieux. Quel est, avant tout, votre lien personnel avec Bach ? 

Mon lien avec Bach s’est établi dès mon enfance et l’élément déclencheur a été l’écoute d’enregistrements des Quatrième et Cinquième Concertos brandebourgeois – nous n’avions pas les autres à la maison – ainsi que de la célèbre Toccata en ré mineur pour orgue. Dès mes premières années d’études de piano, j’étais très attaché à certains morceaux du Petit livre d’Anna Magdalena Bach, aux petits préludes, aux deux petites fugues en do majeur, aux Inventions… Puis, il y a eu le clavecin, la découverte de l’œuvre d’orgue, des cantates… Bref, tout au long de ma vie, Bach est demeuré mon compositeur préféré, mon maître exigeant et mon fidèle compagnon de route. Je me demande bien quel autre métier j’aurais pu faire sans sa musique ! 

Fantaisie en Sol mineur (Bach) – Luc Beauséjour

Qu’il ait été organiste titulaire, musicien de cour, au service d’une municipalité ou d’un prince mélomane, vous affirmez que Bach a toujours été influencé par les lieux et les fonctions qu’il a occupés. Comment cela transparaît-il dans les pièces que vous avez choisies ?

Il est vrai que les emplois occupés par Bach ont conditionné, dans une large mesure, sa production musicale. À Weimar, par exemple, où il était organiste et violoniste à la cour, il a assimilé le style du concerto italien, tout en composant une grande partie de son œuvre d’orgue. À Köthen, période marquée par un contexte plus libre de toute contrainte religieuse, il se livre tout entier à la musique instrumentale. Enfin, à Leipzig, en tant que cantor, Bach revient à la composition de cantates, avant de se consacrer à la fin de sa vie à une musique plus dense et savante, avec une recherche contrapuntique toujours plus poussée. Avec Bach, un itinéraire, j’ai voulu réunir des œuvres très diverses pour clavecin, que j’affectionne particulièrement et qui mettent en lumière l’étonnante richesse de son écriture. Mais comment faire cohabiter sur un même enregistrement le Capriccio sur le départ d’un frère bien-aimé et le ricercare à trois voix de l’Offrande musicale, deux pièces aux univers si distincts ? Il m’est alors apparu que la meilleure approche était d’imaginer un itinéraire qui, en suivant le fil de sa carrière, témoignerait de la diversité des styles explorés par Bach. Ce parcours offre donc un reflet des multiples facettes de l’art de Bach, mettant en lumière l’évolution de son langage musical à travers des formes ou genres musicaux différents : suites de danses, musique à programme, fugues savamment construites ou encore pièces évoquant l’esprit de l’improvisation…

Contrairement à d’autres répertoires, l’œuvre pour clavecin de Bach couvre, comme vous l’écrivez dans le livret, « l’entièreté de son existence ». Quel rapport avait-il avec cet instrument ? 

Le clavecin a occupé une place essentielle tout au long de la vie de Bach, tant sur le plan personnel que professionnel. Très tôt, il s’est familiarisé avec l’instrument grâce à son frère Johann Christoph, qui lui a transmis les bases de l’écriture pour clavier. Il en a ensuite fait un compagnon quotidien, avec lequel il a développé son langage musical. L’instrument à cordes pincées lui a offert une liberté totale, lui permettant d’explorer aussi bien la virtuosité que la polyphonie la plus élaborée. Bach a révélé toute la richesse et les possibilités de l’instrument tout en restant accessibles aux interprètes, parfois à travers des œuvres à destination pédagogique. On sait que Bach a possédé plusieurs clavecins au cours de sa vie. D’ailleurs, les documents d’inventaire, après son décès en 1750, révèlent au moins cinq instruments à clavier à cordes pincées, dont deux clavecins à deux claviers. Bach voyait dans le clavecin une voix capable de traduire à la fois la richesse de son langage contrapuntique et la diversité de ses influences stylistiques, faisant de cet instrument un témoin privilégié de son évolution artistique.

Sonate en trio N°3 en ré mineur (Bach) – Luc Beauséjour, Krystina Marcoux & Juan Sebastian Delgado

Avec cet album, vous proposez une perspective résolument surplombante. Que révèle-t-il, selon vous, de l’évolution artistique du compositeur ? 

Cet enregistrement offre en effet une vision d’ensemble de l’œuvre pour clavecin de Bach, retraçant un parcours artistique riche et fascinant. Depuis ses premières pièces, encore marquées par l’influence de ses prédécesseurs et de ses contemporains, jusqu’à ses compositions les plus abouties, on y découvre un compositeur qui, au fil de ses expériences, façonne un langage musical unique et personnel. Je suis convaincu que le mélomane pourra y percevoir, à l’image de l’évolution d’un peintre passant de ses premières toiles à ses chefs-d’œuvre ultimes, une transformation significative, témoignant de la maturation et de l’affirmation du génie de Bach.

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“Ce qui frappe (et bouleverse vraiment), c’est la sérénité tranquille de ce parcours pensé et repensé, qui vise une clarté solaire et apaisée.”

Christophe Huss, Le Devoir