À San Francisco, Chanticleer fait entrer Guillaume de Machaut au théâtre
Pour ouvrir sa 49e saison dans la baie de San Francisco, l’ensemble vocal Chanticleer s’aventure bien au-delà du concert avec « The Machaut Project: Devotion & Desire », présenté en première mondiale à l’ODC Theater de San Francisco du 13 au 20 septembre 2026. Il s’agit de sa première production entièrement mise en scène depuis son « Curlew River » de 1994.
Confiée à la metteuse en scène Elkhanah Pulitzer, collaboratrice régulière de John Adams, cette création prend pour point de départ le double visage de Guillaume de Machaut (v. 1300-1377) : homme d’Église et maître de l’Ars nova, mais aussi poète de l’amour courtois, du désir et de l’absence. La mise en scène fait de l’Amour, de la Foi et de l’Espérance de véritables présences dramatiques, dans un langage fondé sur le geste ritualisé et une grande économie scénique.
Le projet accompagne la sortie, le 11 septembre chez Delos, du nouvel album Machaut de Chanticleer, sous la direction musicale de Tim Keeler. Autour de la Messe de Nostre Dame figurent notamment des chansons profanes comme « Douce dame jolie » et « Riches d’amour », faisant entendre à leur tour les deux visages, sacré et courtois, du compositeur.
Avec Chanticleer et Tim Keeler.

À Anvers, l’élégance du luth solitaire de Paul O’Dette
Au festival Laus Polyphoniae, organisé par AMUZ à Anvers, Paul O’Dette a donné le 24 août un récital solo intitulé « Destination Central Europe ». Dans l’ancienne église Saint-Augustin, devenue la salle de concert d’AMUZ, le luthiste américain a exploré les répertoires qui circulaient en Europe centrale autour de 1600.
Le programme réunissait notamment Matthias Reymann, Melchior Neusidler, Wojciech Długoraj et Jakob Reis, auxquels s’ajoutaient John Dowland et Jacques Gautier. Danses, lignes polyphoniques et pièces plus méditatives dessinaient ainsi le portrait d’une Europe musicale où compositeurs, manuscrits et styles franchissaient constamment les frontières. Un terrain particulièrement familier à Paul O’Dette, qui explore depuis des décennies les multiples visages du répertoire du luth.
Avec Paul O’Dette.

À Cologne, Dame Emma Kirkby au festival SHALOM-MUSIK.KOELN
Le concert de clôture de la quatrième édition du festival SHALOM-MUSIK.KOELN, le 10 septembre à la Trinitatiskirche de Cologne, était confié à Dame Emma Kirkby. Intitulé « Mizmor le David – Psalmen Davids », le programme mettait face à face les psaumes hébraïques de Salomone Rossi (v. 1570-v. 1630), compositeur juif actif à Mantoue, et les mises en musique contemporaines de Heinrich Schütz (1585-1672), ancrées dans la tradition protestante allemande : mêmes textes, deux univers religieux et musicaux.
Autour d’Emma Kirkby étaient réunis quatre jeunes chanteurs boursiers de l’Académie chorale du WDR Rundfunkchor – Katharina Hirtz, Laura-Maria Püsch, Felix Läpple et Daeyeon Won – ainsi que l’Ensemble Ārt House 17, la violoniste Alfia Bakieva et Michael Hell au clavecin et à la direction musicale.
Le festival s’est déroulé du 1er au 10 septembre sous le mot d’ordre « Zuhören » (écouter), avec plus de 25 lieux investis à Cologne et une programmation consacrée à la diversité des musiques juives, entre tradition et création contemporaine.
Avec Dame Emma Kirkby, l’Ensemble Ārt House 17, Alfia Bakieva et Michael Hell.

En Alsace, Céladon fait revivre les miracles des Cantigas de Santa Maria
À l’église Saint-Jacques de Feldbach, dans le cadre du Festival Voix et Route Romane, l’ensemble Céladon et son directeur artistique Paulin Bündgen ont présenté le 5 septembre « Les miracles de Santa Maria », une « épopée » musicale puisée dans les célèbres Cantigas de Santa Maria.
Composées et compilées au XIIIe siècle sous l’impulsion d’Alphonse X de Castille et de León (1221-1284), dit « le Sage » ou « le Savant », ces 427 chansons dédiées à la Vierge sont l’œuvre d’un vaste atelier que le souverain dirigea et auquel il contribua lui-même. Écrites en galaïco-portugais, elles constituent l’un des plus vastes recueils lyriques du Moyen Âge occidental.
Leur univers témoigne aussi du brassage culturel de la cour alphonsine, où lettrés chrétiens, juifs et musulmans travaillaient côte à côte et où héritages romans et andalous se rencontraient. Céladon en propose une lecture assumant la part de reconstruction : deux voix entourées d’un riche instrumentarium – vièles, luth médiéval, harpe, flûtes, cornet, percussions, clavicymbalum ou sinfonia – inspiré notamment par les enluminures des manuscrits.
Avec l’ensemble Céladon et Paulin Bündgen.

À Bâle, Carmina Latina de la péninsule Ibérique au Nouveau Monde
Dans le cadre de la troisième édition de la biennale Erasmus klingt! – Festival Lab, consacrée à Érasme de Rotterdam, Cappella Mediterranea, le Chœur de chambre de Namur et Leonardo García-Alarcón ont présenté Carmina Latina le 8 septembre à la Peterskirche de Bâle. Érasme entretint lui-même des liens particulièrement étroits avec la ville : il y passa au total plus de dix ans et y mourut en 1536.
Le programme traçait un voyage de la polyphonie de la péninsule Ibérique aux musiques sacrées et profanes de l’Amérique latine baroque, avec notamment Victoria, Gaspar Fernández, Torrejón y Velasco, Francisco Valls et Juan de Araujo. Une circulation des styles et des traditions particulièrement en phase avec le thème 2026 du festival, « Viaggio – Erasmus unterwegs », consacré au voyage et aux échanges culturels.
Avec Cappella Mediterranea, le Chœur de chambre de Namur et Leonardo García-Alarcón.

À Ambronay, Les Arts Florissants et le Jardin des Voix retrouvent Charpentier
Au cours du premier week-end du Festival d’Ambronay, le 12 septembre, Les Arts Florissants, William Christie et les jeunes chanteurs du Jardin des Voix ont réuni deux « opéras de poche » de Marc-Antoine Charpentier : Les Arts florissants et La Descente d’Orphée aux Enfers.
Le premier, une « idylle en musique » en cinq scènes composée en 1685 pour Marie de Lorraine, duchesse de Guise, est l’œuvre qui donna son nom à l’ensemble fondé par William Christie. La Descente d’Orphée aux Enfers, composée peu après dans le même milieu, transforme quant à elle le mythe d’Orphée en un drame d’une remarquable concentration. La partition conservée s’interrompt avant le dénouement : les spécialistes discutent encore pour savoir si cette fin ouverte était voulue ou si une partie de l’œuvre a été perdue.
Cette nouvelle production, mise en espace par Marie Lambert-Le Bihan et Stéphane Facco et chorégraphiée par Martin Chaix, réunissait les jeunes chanteurs du Jardin des Voix autour de William Christie. Elle venait conclure un long parcours international de ces deux ouvrages, au cœur même du répertoire historique des Arts Florissants.
Ces deux petits chefs-d’œuvre musicaux ont été interprétés avec passion et joie par les jeunes lauréats de la 12e édition de la florissante académie « Les Jardins des Voix », ce vivier de talents biennal créé par William Christie en 2002. À la fin du concert, un moment de grande émotion : lors du salut final, la voix de William Christie s’est brisée en annonçant la fin de cette académie devenue une sorte de famille artistique et avec laquelle il avait fêté ses 80 ans l’année dernière.
Avec Les Arts Florissants et William Christie.


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