Que Jan Dismas Zelenka (1679-1745) soit aujourd’hui de nouveau présent dans la vie musicale, on le doit surtout, à l’heure actuelle, aux ensembles tchèques spécialisés dans la musique ancienne. En premier lieu au Collegium 1704 et à Václav Luks. Leur dernière parution chez ACCENT, l’enregistrement des Missa Circumcisionis et Missa Corporis Domini, met une nouvelle fois en lumière les singularités d’écriture du compositeur d’église et contrebassiste de Dresde.
Né en Bohême en 1679, Jan Dismas Zelenka passa toutefois l’essentiel de sa carrière à Dresde. Il y passa du statut de contrebassiste-compositeur au sein de la Hofkapelle à celui de compositeur d’église. Sa vie et son activité dans la « Florence de l’Elbe » augustéenne ont longtemps été considérées comme marquées par les revers et les déceptions. Des recherches plus récentes ont pourtant montré qu’il y jouissait d’une grande estime et d’une réelle reconnaissance – sans que cela se traduise nécessairement par une progression spectaculaire dans sa carrière.
Dès le XIXe siècle, son langage musical singulier a été rapproché de celui de Jean-Sébastien Bach. Zelenka élabore une synthèse remarquable entre écriture contrapuntique, style napolitain plus récent et modèles plus anciens remontant jusqu’au début du XVIIe siècle. C’est notamment auprès de Johann-Joseph Fux, maître de chapelle impérial, qu’il approfondit sa maîtrise du contrepoint et enrichit sa connaissance des répertoires anciens. Zelenka suivit son enseignement à Vienne vers 1718.
Ses messes elles-mêmes reposent sur l’articulation de styles tardifs du baroque, galants et contrapuntiques. Ces œuvres occupent une place centrale dans son catalogue. Deux d’entre elles sont ici proposées par Václav Luks, à la tête de ses ensembles Collegium Vocale 1704 et Collegium 1704, entouré de solistes choisis : la Missa Circumcisionis ZWV 11 et la Missa Corporis Domini ZWV 3. Composée pour le Nouvel An 1729, la Missa Circumcisionis se distingue par une riche orchestration, dominée par trois trompettes, des timbales et une paire de cors. Zelenka sollicite largement ces cuivres tout au long de l’œuvre. Dans le « Qui tollis peccata », il associe au soprano et à l’alto solos un violon et un hautbois, auxquels les instrumentistes du Collegium 1704 – la Konzertmeisterin Helena Zemanová et la hautboïste Katharina Andres – apportent une contribution remarquable. En quatuor, les timbres des solistes vocaux s’accordent avec une homogénéité frappante. Seule la voix d’alto d’Aneta Petrasová paraît parfois un peu pâle. Le brusque changement d’affect dans le « Qui sedes ad dexteram Patris » est, en revanche, admirablement réussi par l’ensemble des interprètes.
La Missa Corporis Domini nous est parvenue sans Gloria. Zelenka la compose environ une décennie avant la ZWV 11. Dès le « Kyrie eleison » initial, construit comme une passacaille, il déploie avec maîtrise un motif traité en imitation contrapuntique. Dans le Credo, un passage en mineur instaure un contraste presque dramatique. Pour le « Crucifixus », au mouvement régulier, il requiert quatre basses, dont les timbres, dans cette interprétation, se fondent avec une belle homogénéité. Dans le « Benedictus », solo de basse accompagné à nouveau par violon et hautbois, Tomáš Šelc se montre supérieur à Tadeáš Hoza. Ce dernier interprète le « Confiteor », dont Václav Kapsa remarque à juste titre, dans le texte de livret, qu’il serait depuis longtemps devenu un tube s’il s’agissait d’une aria de basse extraite d’un oratorio de Georg Friedrich Händel (1685-1759).
Dans l’ensemble, les musiciens dirigés par Václav Luks confirment une fois encore leur excellence, avec une réserve ponctuelle quant à l’intensité expressive. L’ensemble n’en propose pas moins une lecture d’une grande tenue, qui met en valeur la richesse et la singularité de l’écriture de Jan Dismas Zelenka ; un disque à recommander sans hésitation !
Fiche technique
Œuvres : Missa Circumcisionis ZWV 11, Missa Corporis Domini ZWV 3
Compositeur : Jan Dismas Zelenka (1679-1745)
Dates de composition : 24–28 décembre 1728 (ZWV 11), vers 1719 (ZWV 3)
Version : enregistrement en studio, église Sainte-Anne, Prague, mai 2025
Direction musicale : Václav Luks
Chœur : Collegium Vocale 1704
Orchestre : Collegium 1704 (instruments anciens)
Solistes :
- Tereza Zimková – soprano
- Aneta Petrasová – alto
- Rodrigo Carreto – ténor
- Tomáš Šelc – basse
- Tadeáš Hoza – basse
- Martin Vacula, Josef Kovačič – basses (solistes du chœur)
Label : ACCENT (ACC 24416) / note 1 music gmbh (1 CD, durée totale : 61 min 44)



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